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Le goût du voyage

Témoignage émouvant de Robert, notre camarade et ami voyageur du NPA32, en ballade entre Marseille et Auch et souvent dans des contrées plus lointaines...

Le goût du voyage.

Combien de fois dans mon enfance n’ai-je pas demandé à ma grand mère de me raconter l’histoire d’Églantin, son père disparu en 1917 ?

Avec patience elle me raconta inlassablement la même histoire.

Alors que bon nombre d’enfants de mon âge s’enorgueillissais d’avoir un arrière-grand-père mort pour la France pendant la première guerre mondiale de 1914-1918, le mien avait été porté disparu aux alentours des Îles Galápagos. Somme toute, mes copains avaient tous des histoires communes.

Cimetière des déportés de la Commune

Héritage de banalité ou d’extraordinaire, ma grand-mère avait choisi. Développer l’envie de la découverte d’un ailleurs face au devoir de mémoire mortifère des 11 novembre fut sa préférence.

Je l’en remercie d’avoir eu cette audace d’esprit. Voila donc son histoire.

Églantin, tel un César de vieux port, solide gaillard méditerranéen répondant à l’appel du large décida d’embarquer sur un solide vapeur en direction du soleil levant. Sa femme et ses deux filles ne le revirent jamais. Pour seule nouvelle, en pleine heure de la sieste, par un chaud après-midi d’été, la visite du garde-champêtre habilla les trois femmes des vêtements noirs du deuil.

Cimetière de l’Île des Pins

Après avoir navigué sur les trente mers et océans, rencontré des hommes et des femmes de toutes les couleurs, des animaux différents sur chaque continent, Églantin et ses amis débarquèrent sur les Îles Galápagos. Pourquoi ces îles ? Qu’étaient ils venus chercher ici. Tout simplement ils avaient eu connaissance de l’existence des fabuleux pingouins géants des Galápagos. Espèce en disparition, il ne resterait à ce jour qu’une dizaine de grand mâle et une quarantaine de femelles. Voilà l’objet de cette visite pour leur plus grand malheur.

Monument au souvenir des déportés de 1871

Quelques jours d’exploration suffirent. Ils trouvèrent ce qu’ils étaient venus contempler. Un animal polaire, sur une île où il n’aurait jamais dû vivre. L’approche fut facile. L’animal n’étant pas craintif. D’un aspect aussi inoffensif qu’une peluche d’enfant. Grand mal leur en pris. Cet animal est la fourberie en personne .Vous l’approchez, et pouvez contempler avec curiosité sa morphologie ; au-dessus de deux pattes jaunes, un long corps noir de quatre vingt centimètres environs, surmonté d’une tête d’autruche à bec rouge conique. La dangerosité de la bête provient de son cou enroulé sur ses épaules se déployant tel un ressort à la marsupilami. En une fraction de seconde, son bec dur comme du silex vous atteins en plein front, entre vos deux yeux. La violence du choc ne laisse aucune chance à sa victime. Ce fut le sort d’Églantin et de ses compagnons. Ce fut aussi la fin tragique d’un beau voyage.

Portrait d’Éloi Machoro

J’appris bien plus tard qu’au même moment sur le chemin des dames, sur le plateau de Craonne et dans des lieux bien plus nombreux des soldats pacifistes révoltés furent fusillés avec des munitions de l’armée de notre « beau pays » pour l’exemple pour avoir refusé la barbarie humaine.

En ce onze novembre 2014, journée du souvenir, j’ai une pensée pour les terres de kanaky ou les déportés de la commune de 1870 sont morts, pour Éloi Machoro assassiné « à découvert » par des tireurs d’élites un douze janvier 1985 à six heures du matin, ainsi qu’à ceux de la grotte d’Ouvéa tous tombés au champs d’honneur sous des munitions de notre « beau pays » un cinq mai 1988 d’entre deux tours électoral de présidentielle .Communards de 1870, pacifistes fusillés de 14-18 ,colonisés de Kanaky, ils sont notre histoire et notre fierté.

Le drapeau kanak dans les Îles Loyautée

Cela est une autre histoire mais respirer l’histoire des vaincus nous donne cette envie de continuer le voyage et d’écrire une autre fin pour un autre monde meilleur.

Le goût du voyage nait parfois d’une vérité travestie par une grand-mère.

Robert M.

info portfolio

Péninsule de Caramoan dans les Philippines Monument au souvenir des 26 camarades d'Ouvéa aux Îles Loyauté

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017