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Un billet sans retour

Se couper les cheveux avant le départ, superstition, rite ou tout simplement le confort du voyageur ? La chose est faite et c’est bien comme cela.

Delhi Varanasi [1]

Descendre la vallée du Gange, pour laver dans l’eau du fleuve son âme de tous les pêchés accumulés durant toutes les vies antérieures et présentes. Les hindous viennent mourir dans cette ville par millier comme des saumons. Des vieillards des malades incurables attendent l’heure de la délivrance assurés de mettre fin au cycle infernal des réincarnations. Ici rôde Kali la déesse de la mort. La langue pendante, une guirlande de crâne à la main elle boit du vin et du sang. Elle traine sur les champs de crémation. Voila pourquoi Vârânasî l’ancienne Benares est la ville de la mort.

Avant d’accomplir cet improbable visite l’heure est encore de goûter aux plaisirs de la vie et sans remord. Partout les vaches circulent. Dans les rues dans les gares les marchés, en toute quiétude elles promènent leurs corps indolents comme les passantes Baudelairiennes. La vache est sacrée, elle symbolise la vie. C’est elle qui permet au défunt accroché à sa queue de traverser le fleuve Vaitarani qui le sépare de la félicité. En Inde comme ailleurs la vie et la mort se côtoient. Mais ici la ferveur des croyances crée la démesure.

Les villes s’égrènent comme la vie au quotidien. Leurs histoires célèbrent au travers des monuments les grands sentiments. Les unes pleurent les amours disparues les autres vouent un culte aux plaisirs du corps.

Agra et son Taj Mahal

Un tel édifice pour une muse et concubine défunte. Construit au XIIe siècle c’est la démonstration que des lourdes peines de cœur peuvent rendre les marbres si légers et donner au blanc pur tous les éclats colorés.

Khajurâho [2]

Et ses temples du IXe et Xe siècle, aux sculptures qualifiés d’un peu plus osées qu’il n’est absolument nécessaire témoignent des mœurs recommandés par quelques divinités libertines. Une religion qui ne semble vouloir aucun mal à personne. Aucune divinité assoiffée de sang, aucun martyr, aucune croisade en quête de terre promise. Les scènes d’amour figurent l’oubli de soi même, l’abolition du temps, facteur de méditation. Jouir de son corps afin de mieux jouir de son esprit. Le Tantrisme élève le sexe au rang du Divin et du sacré. Créer de l’énergie vitale pour arriver à la connaissance de soi. Dans ces sites vivent aujourd’hui les communautés Jains. Au Ve siècle avant JC ils s’opposèrent aux religions magiques doutant que les rites puissent à eux seuls répondrent aux attentes humaines. Ils préconisent les vertus de l’ascèse le respect de toutes les vies et le refus de toute violence. Règles menées à leurs paroxysme par les moines. Les « vêtus de blancs » ne portent qu’une couche-culotte, et les « vêtus d’espace » se contentent de l’air ambiant pour toute protection. Ils déambulent avec pour seule fortune dans une main un plumeau pour nettoyer devant eux et dans l’autre une bouilloire. Peut-on imaginer une seule seconde le Vatican adepte d’un pareil dénuement ?

Si un de ces jours un de ces « passeurs de gué » devait me prendre la main pour me conduire de l’autre côté de la rive, ils me confiront à leurs Apsaras nymphes et danseuses célestes venues des eaux ornant leurs si beaux temples.

Robert M

Notes

[1Vanarasi est le nom hindi de Bénarès

[2Khajurâho est un village du Madhya Pradesh

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017