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Sivens : nous donnons la parole aux zadistes

Entretien. Comme le veut la tradition zadiste (toutes et tous prennent un même pseudo, Camille…), Camille est un des animateurs du collectif Les Bouilles, particulièrement impliqué dans la lutte contre le barrage de Sivens au Testet. Projet et vie de la ZAD, choix du gouvernement, mort de Rémi Fraisse, milices… Avec lui, nous revenons sur cette lutte très riche… et qui est loin d’être finie !

Peux-tu te présenter ?

J’ai été activiste contre l’aéroport de Notre-Dame des Landes et dans divers réseaux militants. J’ai rejoint le Testet fin 2013. Il y avait le Collectif Testet regroupant plusieurs associations, mais la stratégie légaliste n’allait pas suffire à stopper le projet de barrage. Automne 2013, plusieurs militants ont décidé de rester sur place, sur la zone à défendre (ZAD), dans une ferme abandonnée, « la Métairie », appartenant au conseil général, au départ pour assurer une surveillance quotidienne.

Peux-tu nous parler du Collectif les Bouilles dans lequel tu milites ?

L’acte de fondation de ce collectif a été l’occupation de la Métairie, avec la décision de faire une assemblée générale une fois par semaine. Ce collectif rassemble des personnes aux origines culturelles et militantes très variées. L’idée était de créer des liens, d’avoir notre mot à dire sur l’aménagement du territoire, dans la critique de ce que fait le capitalisme de ce territoire, mais aussi de créer des lieux de vie.

La stratégie au début était d’organiser une veille permanente du site de Sivens. À ce moment-là, le dispositif policier était restreint, ce qui a facilité nos actions, par exemple lors de la venue des naturalistes pour le déplacement des espèces protégées. On était une ZAD « locale », et on ne souhaitait pas à ce moment-là la rendre plus importante. Mais en janvier 2014, une vingtaine de personnes cagoulées et armées sont venues nous agresser et saccager la Métairie, et le collectif donc a appelé à une occupation massive : ce fut le début de la ZAD.

Peux-tu nous parler de la vie sur la ZAD ?

Le projet de la ZAD, c’est qu’au lieu de détruire un territoire, on en fait un territoire habitable et habité. On y crée un patrimoine en échangeant nos savoir-faire : four à pain, semences, construction… Qu’au lieu par exemple de détruire la Métairie, qui est une magnifique construction, on la rende encore plus belle par nos créations communes.

C’est aussi une expérience de démocratie directe. Ce n’est pas toujours facile, mais avant l’expulsion de mai 2014, on arrivait à avoir une belle cohésion. L’intérêt de chaque individu était porté par le groupe. Il y avait l’organisation des tâches, mais aussi la préoccupation de veiller les uns sur les autres. Une belle expérience. Dommage que dans la deuxième phase, on soit rentré dans la confrontation, alors que l’on sait que c’est notre complémentarité qui fait notre force.

Penses-tu que la mort de Rémi Fraisse a été un tournant dans la lutte contre le barrage de Sivens ?

Oui et bien malgré nous. On est dans une société du spectacle et de l’émotion, et les attentats de janvier et la manifestation du 11 nous l’ont aussi rappelé. C’est l’émotion qui s’empare des thèmes de discussion.

La mort de Rémi Fraisse a changé la donne et ce à plusieurs niveaux. Il y a eu plusieurs phases dans la lutte, qui se sont succédé sans se ressembler (et ce n’est pas fini), et en octobre, nous étions au sommet de la mobilisation. Cette tragédie a sonné la fin de l’opposition sur place avec les forces d’État, mais aussi la fin de la cohésion entre les opposants au barrage, y compris entre les occupants.

Jusqu’au début du déboisement, l’occupation s’organisait autour d’un lieu principal qui rassemblait tout le monde. Avec le « temps mort » de l’oppression policière, beaucoup sont restés sur la ZAD, il y a eu des constructions, donc plein de lieux occupés par groupes affinitaires et un certain repli. Ainsi avant, il y avait l’AG des Bouilles et le collectif Testet. Après, il y avait en plus l’AG des occupants et l’AG de coordination… Il y a eu trop de non-dits, des problèmes de circulation d’information. Et des organisations sont restées dans un rôle d’observateurs sans vraiment se positionner.

Que penses-tu de la décision qu’a rendu le conseil général du Tarn le 6 mars ?

Ils sont fidèles à eux même, c’est la décision d’extrémistes pro-barrage. Extrémistes dans le sens que depuis le début, il n’y a eu aucune négociation ni recherche de compromis, cela dans une logique totalement antidémocratique. Ils ont appliqué la stratégie de la tension et sont passés en force. Il n’y a rien à attendre de leur part.

À ton avis, quel rôle a joué Ségolène Royal ?

Elle a découvert le dossier au moment des violences policières, au mois d’octobre 2014, et elle s’est emparée de ce dossier alors qu’elle (et Valls) ne le connaissait pas. Elle s’est donné le rôle de médiatrice et a envoyé des experts sur place. La stratégie était clairement de gagner du temps puisqu’elle n’ a pris aucune décision d’abandon du barrage et a renvoyé la décision aux mêmes élus locaux. Donc retour à la case départ avec un projet identique à l’initial.

Justement, que penses-tu de ces rapports d’experts ?

Nous aux Bouilles, on ne veut pas s’enferrer dans un débat technique car il nous prive de l’essentiel c’est-à-dire de la question politique : de la société dont on ne veut plus, de l’alimentation et des pratiques agricoles, de l’aménagement du territoire…

Le débat technique et donc les rapports des experts sont intéressants, mais ils ne tranchent pas la question politique. Je fais souvent la comparaison avec les OGM : les « experts » rendent régulièrement des rapports qui disent que tout va bien avec les OGM, cela alors que la société n’en veut toujours pas…

Peux-tu nous parler des milices fascistes qui ont opéré sur la ZAD ces dernières semaines ?

En vérité, elles sont là depuis le début et n’ont jamais cessé leur présence. J’ai déjà parlé du groupe armé venu saccager la Métairie en janvier 2014. À chaque fois que nous faisions une nouvelle construction, cabane ou autre, si nous la laissions sans surveillance, elle était brûlée.
Dans ces milices, il y a bien sûr des fachos « historiques » genre anciens de l’OAS, militants identitaires, jusqu’à des candidats FN aux départementales, mais il y a aussi des fachos chez les agriculteurs. Leurs actes fascisants ont été grandement aidés par les propos diffamatoires à notre égard de certains élus locaux, des médias, notamment la presse locale, mais aussi la FNSEA.
Ce qui a changé début 2015 c’est qu’ils ont opéré au grand jour. Le PS a donné confiance à l’extrême-droite en lui garantissant l’impunité. Sinon comment expliquer le laisser-faire des gendarmes alors qu’ils étaient témoins des exactions commises par ces fascistes ?

Si tu devais tirer un bilan…

C’est trop tôt car la lutte n’est pas finie. Mais il va falloir sérieusement analyser l’orchestration de ce conflit par le pouvoir au moyen des milices fascistes. La ZAD de Roybon (contre le projet de Center Parc) rencontre d’ailleurs les mêmes problèmes. Cette stratégie de tension et de terreur a permis au gouvernement de noyer le débat politique sur les choix de société. Les grands principes républicains ont été complètement bafoués et ça aussi il faut l’analyser.

Pour nous, le bilan n’est pas tout rose, et notamment avec les locaux, mais aussi avec nos sympathisants, car cette politique de la terreur a en partie fonctionné. On va donc revenir à des choses plus conviviales, repartir à la rencontre de nos sympathisants, revenir à la communication sans toutefois oublier d’être vigilants.

Le week-end du 25 avril sera le deuxième Printemps de Sivens et on souhaite en faire une échéance festive et chaleureuse. La lutte continue.

Propos recueillis par Noëlle Calvinhac (NPA 31)
Site des Bouilles 

Voir en ligne : Site du NPA national

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017