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Open the borders !

Un bon article, cependant, le durcissement de la politique anti immigrés ne remonte pas à 20 ans, comme semble vouloir le dire l’auteur de l’article. Ne pas souffler mot de l’officialisation et la généralisation des camps de rétention des 1981 par le gouvernement Mitterrand avec l’appui du PS et du PCF revient à couvrir la politique honteuse du gouvernement de l’époque, la politique des charters et de la limitation du regroupement familial. Hollande est le continuateur.
Voir aussi Centre de rétention administrative sur Wikipedia

MD


19 migrant•e•s sont mort•e•s ici depuis juin. Percuté•e•s par un train, renversé•e•s par des voitures sur l’autoroute, électrocuté•e•s à l’entrée du tunnel, écrasé•e•s ou étouffé•e•s dans des camions. Des centaines d’autres se sont blessé•e•s en essayant de poursuivre leur trajet. Pas besoin d’aller à Calais pour se rendre à l’évidence : les criminels sont ceux qui aujourd’hui refusent d’ouvrir les frontières. Ils sont à Paris, à Londres, à Bruxelles. Et pourtant, Calais, c’est encore bien plus que cette réalité.

Samedi 17 octobre, la coalition britannique « Stand up to racism and fascism » (cadre unitaire à l’initiative il y a un mois d’une manifestation qui a réuni 100 000 personnes à Londres en solidarité avec les migrant•e•s) lançait la troisième mobilisation sur Calais pour exiger l’ouverture de la frontière. Nous (une quinzaine de personnes, membres de collectifs de sans-papiers, soutiens, militant•e•s du NPA), sommes allé•e•s au rendez-vous.

Le départ de la manifestation était à l’entrée de ce que les migrants eux-mêmes appellent la « new jungle », ce lieu situé en contrebas de l’autoroute, au milieu d’herbes hautes et de buissons, dans lequel ils se sont regroupés. Entre 4 000 et 6 000 hommes, femmes et enfants. Toléré•e•s en marge de la cité. Des tentes à perte de vue. De la boue qui rend les passages quasiment impraticables. Une dizaine de toilettes en plastique, et donc de la merde partout à l’entrée du campement. Quatre robinets devant lesquels des dizaines de personnes attendent d’utiliser des filets d’eau pour faire leur toilette ou laver leurs affaires. Pas de ramassage régulier des ordures, les déchets s’entassent dans tous les coins. Ici, les associations se sont battues pour obtenir ça, un espace d’un autre temps. Mais ce sont les migrants qui donnent une leçon d’humanité, par exemple là, dans cet espace du campement où ils ont construit des structures en bois pour abriter des bars, des boulangeries, des épiceries, des lieux de culte, une bibliothèque.

Les migrant•e•s viennent à notre rencontre. « D’où viens-tu ? » est la première question qu’ils te posent. J’habite dans le pays qui ose faire ça. Les britanniques, eux au moins, ils ont un camion avec une sono, des banderoles, des pancartes sur lesquels on peut lire « Refugees Welcome here ». Jeremy Corbyn doit venir. Des prises de paroles dans toutes les langues s’improvisent. Quand les langages ne se comprennent pas, les sourires et les applaudissements les remplacent facilement. Les migrant•e•s s’impatientent : ils veulent partir en manif avec nous, maintenant ! Nous sommes alors plusieurs centaines, et on apprendra un peu plus tard qu’un millier de britanniques sont bloqué•e•s par les forces de l’ordre à l’entrée de Calais. Les mégaphones passent de mains en mains. On rigole de slogans non repris car incompris. Après plusieurs tentatives, on est unanimes : « No Jungle, No ! ».

We are not animals !

On se dirige vers le lieu de départ des ferrys. Des clôtures métalliques de plusieurs mètres de hauteur, surmontées de fils barbelés et lames coupantes, nous enserrent. La Grande-Bretagne a aidé à leur financement à hauteur de 15 millions d’euros, et Cameron a promis fin juillet à l’État français une rallonge de 10 millions afin d’améliorer ce dispositif. Ils trouvent donc des millions d’euros quand il s’agit de répression. Comme hier, à Bruxelles, où l’Union européenne débloque 500 millions d’euros d’aides à l’État turc en échange d’un engagement à contenir les migrant•e•s.
Pourquoi y a-t-il un tel consensus politique entre tous ces chefs d’État pour contrôler les frontières et parquer les migrant•e•s ? Pourquoi les dirigeants nous tiennent-ils tous ce discours idéologique nauséabond pour justifier ce contrôle renforcé sur les populations : il faut trier les quelques bons migrants (réfugiés politiques chrétiens) des centaines de milliers d’autres ? Parce que prendre le problème à la racine reviendrait à s’attaquer plutôt aux règles sacrées du marché. Celles qui permettent aux 1 % les plus riches de détenir 50 % des richesses mondiales, en pillant les richesses, en soutenant les dictatures, en intervenant militairement dans les régions convoitées comme le Moyen-Orient, en détruisant l’écosystème. Il n’y a pas de crise migratoire, il y a une crise du système qui fait d’eux des élites. Le soutenir ou être englouti, telle est leur question.

Calais est donc devenue une prison à ciel ouvert, où des millions d’euros sont dépensés pour tuer. C’est pour cela qu’elle est devenue le terrain de prédilection des fachos : avec la complicité du pouvoir, ils peuvent y concrétiser leur vocation de matons. Les agressions physiques de migrant•e•s s’y multiplient. « Sauvons Calais », dont le dirigeant est connu pour ses tatouages et saluts nazis, rassemble ses amis pour une nouvelle manifestation le 25 octobre. Marine Le Pen y a fait un meeting de campagne il y a 10 jours, promettant « un grand barouf » si elle était élue à la tête de la région. Elle n’hésite plus à constituer ses listes avec des militants des groupes dits radicaux. Cambadélis, si tu savais, ton référendum, où on s’le met…

La manifestation se retrouve bloquée aux abords du terminal d’embarquement par un barrage policier. Baby, une migrante érythréenne, harangue la foule en anglais : « We are not animals ! We are human beings ! ». Les esprits et les corps s’échauffent. Les pancartes et les graviers sur le sol se transforment en projectiles. Pourtant, la plupart des regards vont au-delà du barrage : les visages sont fatigués, les regards sont dépités, les gens s’asseyent, certain•e•s tentent de calmer le jeu, d’autres forment des groupes et arpentent le long des grilles. Un journaliste présent régulièrement nous montre des migrant•e•s qui ont mis leur pantalon dans leurs chaussettes et nous explique que ce sont habituellement ceux qui tentent de passer par dessus les grilles. Des chaussettes comme unique protection…

Nous finissons par retourner vers le camion sono, devant lequel les migrant•e•s dansent et font des selfies en guise d’au revoir.

Trésor caché

Depuis 20 ans en France, les politiques institutionnelles en matière d’immigration se heurtent à un obstacle qui, lui, n’a pas de prix : le combat durable, déterminé, organisé des migrant•e•s pour passer de l’invisibilisation assignée par le statut de clandestin à la visibilité assumée de sans-droits. De l’occupation de Saint-Bernard en 1996 à la formation récente de la Coalition internationale des sans-papiers et des migrants, un long chemin a été parcouru, passant par la constitution de collectifs, des grèves, les manifestations. Les migrant•e•s ne sont pas venues piquer les miettes accordées par le pouvoir à tou•te•s les pauvres de la planète. Elles et ils ont pris la route de la liberté, et de la dignité. Le trésor caché de la politique est là, sous nos yeux, pour peu qu’on se décide enfin à les ouvrir.

Samedi prochain, les migrant•e•s du lycée Jean Quarré nous propose de partir en manif du lycée (à 15 h) pour relayer une initiative militante britannique à Saint-Pancras, gare d’arrivée de l’Eurostar. Je viens de voir par ailleurs que les fachos ont annulé leur manif à Calais, « pour des raisons de logistique et d’organisation ». Gardons la main, soyons au rendez-vous !

Vanina Giudicelli
22/10/2015 - 07:37


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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017