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Carnet de voyage en Afrique du Sud, saison 2, chapitre 2 : « Des fleurs, encore des fleurs… et des diamants »

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En cliquant sur les photos on peut selon les cas, voir la photo dans sa taille d’origine soit ouvrir un album avec plus de photos du même type.


 Mardi 8 septembre

Cette fois-ci, c’est parti pour le grand périple. Comme des grands nous nous lançons vers le nord et le grand nord de l’Afrique du Sud vers les régions les plus désertiques. Comme la route du Cap vers Springbok, notre premier point de chute, sera longue (560 km), nous décidons de partir très tôt et fait notable, Marc prend son courage à deux mains pour ne plus laisser la responsabilité de toute la conduite à François et il se lance dans la conduite à gauche, comme il se doit dans ce pays, une façon de faire héritée des coloniaux anglais. Cette route est une bonne façon de s’y mettre puisque la N 7 est une route plutôt aisée pour la conduite, large, goudronnée et pas trop sinueuse. De plus la circulation n’est pas dense. Plus on monte, plus la chaleur monte aussi mais tout à fait dans des valeurs raisonnables, autour de 20 °C.

Jusqu’à Clanwilliam, c’est en fait la même route que nous avions prise au week-end dernier mais nous décidons de faire une petite pause dans cette petite ville pour prendre un café avec vue sur jardin et palmiers et nous dégourdir un peu les jambes en faisant un petit tour dans le village, ce que nous n’avions pu faire au week-end.

Nancy’s Tea Room

D’abord nous y découvrons la plus ancienne fabrique de chaussures en cuir faites main d’Afrique du sud : Strassbergers. Comme l’année dernière nous avions déniché des chaussures de marche extrêmement confortable aussi faites main dans une autre coopérative, nous allons y faire un tour. Malheureusement, nous ne trouverons pas chaussures à nos pieds cette fois-ci et malgré les prix dérisoires pour nous (autour de 50 €, doublé cuir à l’intérieur) nous repartons sans avoir quand même apprécié un magasin d’usine à l’ancienne où personne ne vous presse d’acheter quoi que ce soit.

Quelques chaussures de Strassbergers

En face de l’usine, nous sommes très émus de voir un mémorial aux victimes du sida. Nous aurons hélas l’occasion d’en voir beaucoup dans cette région, en particulier dans les villages les plus reculés du Nord, témoignage de l’époque où le successeur de Mandela, Thabo Mbeki, refusait d’admettre l’existence du sida, refusant prévention et accès aux traitements anti-rétroviraux, malgré l’indignation de la communauté internationale, jusqu’à sa démission en 2008. Ces « monuments » sont d’autant plus poignants que les habitants ont utilisé les matériaux à leur disposition, barils de pétrole et vieux pneus sur lesquels ils ont peint le ruban rouge, le symbole du sida. Véritable criminel contre l’humanité, Mbeki aura contribué à faire de l’Afrique du sud, l’un des pays africains les plus touchés par l’épidémie alors qu’il avait les moyens d’y faire face. Les sud-africains pourraient être 4,4 millions de plus sans la pandémie du sida qui ravage le pays d’après une étude de janvier 2012 de l’Institut sud-africain des relations raciales (SAIRR).

Mémorial aux victimes du sida

Cliquer sur la photo pour voir l’album

Ce déficit démographique, ce serait précisément le nombre de Sud-africains porteurs du VIH. On estime ce nombre à 5,7 millions d’habitants, plus de 10 % de la population nationale. L’Afrique du Sud accueille plus de contaminés par le VIH que n’importe quel autre pays. Les données du SAIRR montrent que 31 % de la totalité des décès en 2011 sont liés au virus. Cette proportion augmentera pour atteindre 33 % en 2015.

Nous reprenons la route pour quelques heures car nous avons encore beaucoup de chemin à faire jusqu’à Springbok, notre prochain point de chute. Au prochain arrêt pour prendre de l’essence, ressentant le besoin d’une nouvelle pause pour cette fois-ci prendre un déjeuner rapide, nous allons au « resto » de la station, à l’enseigne de Wimpy à côté de quoi nos restos d’autoroute feraient figure de restos gastronomiques. L’endroit est bondé, le service déplorable. Croyant être astucieux nous nous décidons pour un repas végétarien avec une « baguette » végétarienne avec option bacon (!) servi avec onion, une tranche de tomate irradiée, du guacamole industriel bien vert et du piment vert, le tout accompagné d’un café « américain » géant au goût et à la couleur de jus de chaussette. Vous allez me dire mais pourquoi donc s’être arrêté là ? Tout simplement parce qu’ici vous pouvez faire 200 km sans trouver quoique ce soit !

Nous arrivons enfin à Springbok alors que le soleil est très bas sur l’horizon. C’est la capitale du Namaqualand, où la région du Karoo rejoint le Kalahari pour se rencontrer sur la côte atlantique. C’est une région semi-désertique où l’eau se fait rare. Ancienne ville frontière avec la Namibie, dont l’activité principale furent les mines de cuivre et de diamants, elle est aujourd’hui encore le grand centre urbain du nord-ouest à la jonction de la N 7 et N 14. Avec 12 000 habitants, c’est de loin la ville la plus importante à 400 km à la ronde. La rue principale, la Voortrekker Street, est très encombrée par les marchands, boutiques et pick-ups des fermiers afrikaners venus de régions plus reculées qui viennent ici se ravitailler. Ici nous sommes environ 550 km du Cap et à 115 km de la Namibie. Nous avons choisi d’élire domicile pour la nuit à l’auberge de jeunesse Cat-Nap (en français, la sieste du chat). On trouvait le nom mignon et apparemment avec des chambres décorées à l’Africaine. De plus il y a une cuisine commune toute équipée pour se faire à manger.

Nous nous garons devant les grilles imposantes (par leur hauteur) de l’entrée mais la sonnette ne semble pas fonctionner ou bien il n’y a personne pour répondre à l’interphone. Ayant repéré une autre grille un peu plus loin avec le mot « réception », Marc s’aventure et pousse la grille qui était ouverte… mais qui se referme à clef, sur lui. En face de lui la porte vitrée de la réception est fermée, sans sonnette, et il semble qu’il n’y ait personne de toute façon. Incapable de ressortir par la première grille, Marc commence à ressentir ce que doivent ressentir les animaux dans un zoo et appelle François qui est en train de pianoter sur son téléphone et attendant tranquillement dans la voiture vitres fermées ; ce n’est qu’au bout de 10 minutes que François qui est maintenant sorti de la voiture grâce aux cris désespérés (Fraaançoiois…), hilare, s’aperçoit de la situation. Les appels au deux numéros de téléphone affichés à l’entrée mènent directement à un répondeur… Exaspéré, François revient à la grille des voitures, tentant d’attirer l’attention d’une femme imposante en train de parler tranquillement à ce qui ressemblait être des clients du lieux. Celle-ci finit par le voir et au lieu de chercher à nous ouvrir, l’apostrophe d’un air bougon en demandant comment Marc avait bien pu entrer !

Finalement, d’un pas lent et l’air renfrognée, elle finit par daigner ouvrir la réception de l’intérieur pour libérer Marc et ouvre la grille pour permettre à François d’entrer avec la voiture. S’en suit le dialogue suivant :

Bonjour Madame, est-ce que vous avez une chambre pour deux ? (la femme sort un grand livre en soupirant ostensiblement.)
 
Heu heu voyons, pour deux nuits ? aaah (soupir), deux nuits vous dites ?
 
Oui s’il vous plaît.
 
Je peux vous donner la 3 avec salle de bains.

Nous saurons plus tard que ce n’était pas si difficile de savoir s’il y avait de la place ou pas car il n’y avait que 3 chambres). Remplissez ici le formulaire, numéro de passeport, paiement comptant cash car la machine à carte ne marche pas ; voilà les clefs pour la chambre et le numéro de code pour rentrer et sortir du gîte. A-t-elle même dit bonne soirée, pas si sûr ? Mais la chambre est très comfortable, grande et bien meublée. La salle de douche est correcte, sauf le fait qu’il n’y a pas de miroir au-dessus du lavabo, ce qui, nous nous en rendrons compte durant nos diverses étapes, arrive assez souvent et n’est pas très pratique lors qu’on souhaite se raser même s’il y a quelquefois un miroir à l’opposé du lavabo.

Ayant fait beaucoup de kilomètres on décide de manger dans la cuisine commune avec les victuailles achetées au supermarché, ramenées du Cap avec la glacière prêtée par Zalia. Couchés tôt ayant consultés guides et cartes pour décider de ce que nous allions faire le lendemain, on s’endormit vite. Comme très souvent ici, on se couche tôt vers 9/10 h, et par contre le lendemain on a tendance à se réveiller assez tôt, en gros avec le soleil ce dont nous prendrons l’habitude et qui semble un rythme plus naturel. Evidemment pour cela il faut fermer les portables, les tablettes, internet, la téloche et autres écrans qui nous accaparent chez nous en France.

P.-S.

Pour celles ou ceux qui auraient raté un épisode, le prologue est ici, le chapitre 1 « Des oranges et des citrons » est et le chapitre suivant « Misère du diamant, silence du désert » est .

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017