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Carnet de voyage en Afrique du Sud, saison 2, chapitre 3 : « Misère du diamant, silence du désert »

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 Dimanche 13 septembre

Nous nous réveillons au milieu de la nuit en sueur, surpris qu’un radiateur électrique réussisse à chauffer une maison si mal isolée avec simple vitrage et où il serait presque facile de passer un doigt dans la plupart des huisseries. Nous ouvrons la fenêtre et un vent chaud, comme le sirocco pénètre dans la chambre. Quand nous nous levons la température a monté de 20°C pendant la nuit, le vent souffle toujours, mais ce n’est plus le vent froid de l’océan mais le vent chaud du désert. Et il fait 32°C à 8 heures du matin.

Nous quittons Port Nolloth pour prendre la piste vers Alexander Bay, la dernière ville côtière avec la Namibie en direction du Richtersveld où nous avons l’intention de passer quelques jours dans le désert. Cette fois on se croirait dans le Sahara lors d’une tempête de sable blanc. La lumière est blafarde, laiteuse, quasi lunaire. On se demande comment les oiseaux, pour la plupart des corbeaux qui nichent toujours dans les poteaux télégraphiques survivent à de telles conditions et arrivent à nourrir leurs petits. Le long de cette longue route droite toujours des signes de mines fermées. Tous les sites sont grillagés avec avertissements et menaces pour quiconque oserait y pénétrer, tous les diamants appartenant bien sûr à la… De Beers.

De Port Nolloth à Alexander Bay

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Nous ne comptons pas passer de temps à Alexander Bay mais nous devons faire le plein. La route qui mène à la station-service est bordée de palmiers à moitié moribonds. Le temps n’aide pas, mais l’atmosphère est un peu apocalyptique. Après la station, la route est fermée par un poste de contrôle, comme à Kleinsee. Un énorme ruban rouge en béton, probablement payé par le De Beers, un peu obscène, marque l’entrée de la ville tout en commémorant les morts du sida. L’employée qui nous sert n’est pas particulièrement aimable, mais étant données les conditions dans lesquelles elle travaille, enfermées dans une minuscule cabine de tôle ondulée sans confort et qui empeste l’huile et l’essence on ne peut que compatir !

Alexander Bay

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Ne souhaitant pas respirer plus de sable que nécessaire, nous nous dépêchons de rentrer dans la voiture et reprendre la route. Dans cette région les pistes sont très larges pour laisser passer les camions miniers. La route suit pendant plusieurs kilomètres la rivière Orange (Oranjerivier en afrikaans, mais aussi Gariep River ou encore Groote River). C’est la plus longue rivière d’Afrique du sud, elle prend sa source dans le Lesotho, ce petit pays enclavé au centre de l’Afrique du sud. Elle joue un moment le rôle de frontière naturelle entre la Namibie et l’Afrique du sud avant de se jeter dans l’Atlantique. Dans cet zone désertique, elle apporte un peu de fraicheur et de verdure. Le long de ses berges des agriculteurs profitent de l’eau pour mener quelques cultures irriguées.

Le long de la rivière Orange

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Le paysage est modelé par les dunes et d’immenses mines. Quelques ouvriers en bleu de chauffe font du stop pour aller travailler ou rentrer à la maison. Des fermiers ont ouvert une chambre d’hôtes, un peu incongrue dans cet endroit isolé et pas très hospitalier. Un troupeau de Gemsboks broutent paisiblement. Puis la piste s’enfonce dans le désert, le vent se calme, le soleil sort de son voile de sable. Il n’est pas facile de se repérer. Le GPS ne semble pas très sûr de lui et on peut faire des dizaines de kilomètres sans le moindre panneau. Et toujours des mines ici et là, certaines en activité, la plupart paraissant abandonnées.

Les mines

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Finalement nous arrivons dans un village sans nom. En cherchant bien sur Google Maps, nous découvrirons plus tard qu’il s’agit de Kuboes. Au milieu de ce désert, on pourrait dire que c’est une oasis. Mais ici c’est le sentiment de pauvreté qui domine. C’est dimanche matin, et beaucoup de gens reviennent visiblement de la messe, pour la plupart habillé•e•s de t-shirts. Monsieur le curé ou (pasteur) de noir tout habillé comme Fernandel dans Don Camillo déambule, un missel à la main, dans les rues poussiéreuses du bidonville, bien que le mercure nous indique 36°C, peut-être à la recherche de ses ouailles égarées. En tous cas il y a beaucoup de monde, surtout des enfants ou des ados qui scrutent notre voiture du regard se demandant bien ce que nous foutons dans ce trou à tourner autour de ces bicoques délabrées.

Kuboes

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Finalement, guidé par un GPS affolé et après avoir copieusement tourné en rond, nous nous retrouvons dans un autre « village » sur une route privée appartenant à la mine. Il fait très chaud et nous commençons à avoir des envies de boissons fraiches et surtout de trouver la bonne direction. Heureusement ici, il y a un semblant d’animation avec une sorte de supérette sans fenêtres vers laquelle une jeune femme blanche avec ses deux gamins et deux petits chiens fait mine de se diriger comme si elle allait faire ses courses dans le supermarché d’une capitale européenne.

Elle ne semble pas avoir la moindre idée de comment se rendre à Sendelingsdrif. Elle n’y est visiblement jamais allé, c’est pourtant l’un des rares endroits où l’on peut trouver de l’essence et c’est le poste frontière avec la Namibie et l’entrée du Parc national. Nous en déduisons qu’elle doit faire partie des personnels d’encadrement de la mine et peu intéressée par les activités touristiques de ce coin qui semble si inhospitalier. Heureusement un homme affable et rondouillard déboule sur le parking avec un énorme 4x4, ce qui va sauver la dame de son embarras. On devine qu’il doit être le patron du magasin à l’énorme trousseau de clé qu’il porte dans ses mains. Afrikaner, il ne parle que très mal l’anglais mais à force de gestuelles très compliquées à rendre jaloux un italien où les mains montent et descendent tout en tourbillonnant et ponctuées de « left » et de « right » il nous explique comment aller au Parc. En fait il faut revenir sur nos pas et surtout ne pas manquer un des panneaux à moitié effacé, celui qui nous conduira finalement sur la bonne piste.

Celle-ci maintenant très sableuse nous oblige à conduire au ralenti car il faut surveiller les trous, éventuellement des pierres et éviter de soulever trop de poussière au passage ou lorsque l’on croise (rarement) un autre véhicule. De chaque côté de la piste les montagnes rocailleuses semblent de plus en plus agressives. Partout on voit des mines avec des panneaux annonçant une future réhabilitation des lieux mais les panneaux semblent être déjà là depuis quelques années. Plus culottés encore on aperçoit aussi, des panneaux inscrits de jolis mots :« Mining area - We love and care for our environment. Do you ? » (Zone minière - Nous aimons et prenons soin de notre environnement. Et vous ?). Venant de compagnies qui ont détruit le paysage sur des kilomètres à la ronde, c’est quand même fort de café…

Entrée dans le parc du Richtersveld

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À la première entrée du parc, c’est William un garçon sympathique qui vient nous accueillir et contrôler notre réservation, nos passeports etc… Passé ce premier contrôle nous reprenons la route sur une piste de moins en moins bonne jusqu’à l’entrée officielle du parc qui semble à peu près déserte mais aux bâtiments somptueux avec salle de conférence, salle-à-manger de restaurant etc… tout très moderne mais sans activité visible d’aucune sorte. La réception, tout aussi imposante, de plusieurs mètres de long est gérée par une jeune black qui semble totalement débordée, alors que nous sommes les seuls clients visibles. On aperçoit dans un bureau adjacent un employé à moitié endormi sur le clavier de son ordinateur. La réceptionniste ne semble pas très au courant des réservations effectuées par la centrale de Prétoria et les informations ronflantes sur l’accueil que nous trouverions ici développées sur le site officiel sur internet ne semblent pas du tout correspondre à la réalité : pas de café ou restaurant par exemple. Le pire c’est que l’on nous explique que la machine pour prendre les cartes bancaires ne marche pas, que le téléphone est hors-service, qu’il n’y a ni internet ni portable, et que donc nous avons le choix entre payer l’entrée dans le parc en espèces ou passer la nuit sur place en espérant que la machine marcherait le lendemain. La bureaucratie des SANParks (South Africa National Parks) ne cessera jamais de nous étonner. Nous avions réservé nos nuitées par téléphone et avions payé la totalité par carte bancaire. Mais il faut payer en plus l’entrée du parc et cela ne peut pas être fait en même temps que la réservation et il faut payer sur place. Alors que nous avions payé nos quatre nuits, cette jeune femme nous interdisait l’accès sous prétexte que sa machine à carte ne fonctionnait pas. Elle parut très surprise que nous refusions de dormir sur place. Il y a une mine encore en activité juste à côté et le bruit des camions et des excavatrices n’est pas vraiment romantique. Heureusement nous avions anticipé que ce genre de problème pouvait se produire assez souvent en Afrique du sud et avions suffisamment d’argent liquide pour obtempérer.

Par contre, impossible d’avoir des cartes ou infos sur le Parc pour des randos sauf à s’inscrire sur des tours accompagnés de quatre jours pour lesquels il faudrait bien-sûr payer des suppléments plutôt onéreux. « Et d’ailleurs on serait bien chanceux si on apercevait le moindre animal dans ce parc car il n’y avait rien, absolument rien à voir » ; de plus nous étions arrivés « trop tôt (il était quand même 13 h et nous avions quand même 40 km à faire sur une piste défoncée avant la tombée de la nuit) pour nous installer au camp et que notre chambre ne serait pas prête ». Alors soit nous attendions le garde (pour combien de temps elle ne savait pas), soit nous y allions direct, tous seuls. Excédés par cet accueil hélas maintenant classique dans les SANParks, et n’ayant aucune possibilité des restauration ou même de café sur place, nous décidons de prendre la route vers notre destination.le Ganakouriep Wilderness Camp avec la carte fournie par la réceptionniste où sont marquées les pistes praticables et celles à éviter à cause des risques d’ensablement. Sur cette carte et in situ seuls les principales intersections de pistes sont numérotées, les pistes, elles n’ont pas de numéros. Comme souvent, plusieurs pistes peuvent mener au même endroit, on va de « 17 » à « 19 » par exemple sans savoir si on est vraiment sur le chemin que l’on veut prendre. Et comme en plus il y a des erreurs, avec justement le « 17 » de la carte marqué « 19 » sur le terrain, on rame un peu.

Carte du parc du Richtersveld

Après deux bonnes heures de pistes parfois pas trop mauvaises en plaine, quelquefois chaotiques, sur des passages parsemés de roches qui font tanguer la voiture de gauche à droite et de droite à gauche ou bien plonger vers l’avant, nous arrivons enfin à destination de notre gite plutôt sympathique, moitié construit en pierre, moitié de toile de jute, comme une tente mais raisonnablement bien équipé : eau froide (non potable, car trop chargée en minéraux) et chaude solaire, douche, WC, chambre, cuisine avec frigo et réchaud ainsi que des facilités pour faire un barbecue. Sortis de voiture, la chaleur est écrasante et Marc a un peu de mal à s’habituer.

Ganakouriep wilderness camp

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Lorsque nous arrivons deux gardes sont déjà là et ont préparé le gite sauf qu’ils n’arrivent pas à faire fonctionner la chasse d’eau qui sera réparée sommairement avec un fil de fer. Promis, juré, elle sera réparée demain. Nous n’y croyons pas trop, à juste titre.

Mais qu’importe, nous déballons nos affaires avec un peu le même rituel de ne sortir des sacs que ce qui sera indispensable pour les deux jours où nous serons là. L’endroit est plutôt spacieux pour deux, même si basique avec des moustiquaires seulement d’un côté ce qui exclut de pouvoir faire des courants d’air et une vaisselle réduite au strict minimum (2 fourchettes, deux couteaux, deux assiettes, etc.). Mais nous ne sommes pas ici pour faire de la cuisine gastronomique et donc c’est très bien.

Comme il reste un peu de temps avant la tombée de la nuit, nous nous installons à la terrasse avec une tasse de thé Rooibos. François commence à regarder les cartes pour voir ce que nous pourrions faire le lendemain pendant que je m’affaire devant le barbecue. Certes il doit être déjà entre cinq et six heures de l’après-midi, mais si le ciel semble voilé, d’un bleu un peu jaunâtre, c’est plus dû à la grande chaleur, au-dessus de 30°C et à une atmosphère chargée de poussière sableuse qu’à la tombée de la nuit qui approche.

En raison du vent qui sans cesse repoussait la fumée vers nous nous n’avons pu manger dehors d’autant que des myriades d’insectes virevoltaient au-dessus de nos têtes autour de l’unique lampe extérieure. Nous sommes ressortis après manger pour un quart d’heure avant de nous coucher car il faisait relativement plus frais dehors, pour écouter le silence du désert. Ces camps, extrêmement isolés sont supposés être surveillés en permanence par un garde qui peut communiquer par radio avec la réception en cas de problème. En l’occurence, les gardes étaient repartis tous les deux nous laissant complètement seuls car les autres cabanes n’étaient pas occupées. Nous étions donc vraiment seuls dans cet univers, sans téléphone, sans internet et sans connexion d’aucune sorte avec le monde dit civilisé, éclairés par une lumière blafarde. Ecouter le silence du désert est une drôle d’expérience la nuit car on entend bien-sûr quelques bruits que l’on ne reconnait pas, qui ne ressemblent pas à ce qu’on peut entendre dans les campagnes reculées d’Europe en été, par exemple le chant des grillons ou le hululement des chouettes, etc. Ainsi le moindre bruissement met en route notre imaginaire. Serait-ce un scorpion ? Serait-ce un serpent ? Serait-ce un guépard s’apprêtant à nous sauter dessus ? Comme si les animaux d’ici n’avaient rien de mieux à faire que de s’occuper de nous ! Quelques cris rauques au loin… 21 h 30, on se couche en surveillant un peu où l’on met les pieds. La lumière des lampes est de toute façon si faible qu’il est impossible de lire. Espérons que la température va baisser dans la nuit…

P.-S.

Pour celles ou ceux qui auraient raté un épisode :

  • le prologue est ici
  • le chapitre 1 « Des oranges et des citrons » est
  • et le chapitre 2 « Des fleurs, encore des fleurs… et des diamants » est .

Quant au chapitre suivant « On quitte le désert pour l’Océan indien » il est ici.

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017