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Migrant•e•s : bruits de bottes dans l’Europe forteresse

Alors que par dizaines de milliers, les habitant•e•s d’Alep et de sa région fuient les bombardements de l’aviation russe et l’offensive de l’armée syrienne pour tenter vainement de trouver un asile d’urgence en Turquie, que les naufrages en Méditerranée et dans la mer Égée font chaque jour de nouvelles victimes, les dirigeants européens, insensibles au drame que vivent les migrant•e•s, s’embourbent dans d’odieux marchandages qui n’ont pour objet que d’instrumentaliser la question des réfugié•e•s au profit de leurs seuls intérêts nationaux.

Dimanche 7 février, Angela Merkel, François Hollande et Martin Schulz, président du Parlement européen, se sont retrouvés pour dîner dans un prestigieux restaurant du centre de Strasbourg. Au menu, la question des migrant•e•s… Dans une déclaration commune, les deux « locomotives » de l’Union européenne expriment leur inquiétude : « cette crise peut conduire à la dislocation de l’UE, il faut trouver des solutions au plus vite ». Une panique qui ne fait que traduire l’incapacité des dirigeants en place à résoudre politiquement une crise humanitaire sans précédent dans l’histoire de l’Europe.

La Turquie et la Grèce sur la ligne de front

En l’absence d’une stratégie globale, c’est sur les pays du sud de l’Europe que se concentrent les pressions, menaces et injonctions, des dirigeants de l’UE pour imposer leurs solutions répressives à court terme. Plus de deux millions de réfugié•e•s syriens se trouvent déjà sur le territoire turc, et on évalue à 700 000 le nombre de nouveaux arrivants dans les prochaines semaines. Le dictateur Erdogan, qui a déjà reçu 3 milliards d’euros pour « fixer sur son sol une grande partie des réfugiés », entend bien ne pas en rester là, chiffrant d’ores et déjà à 7 milliards d’euros le coût de l’accueil. Cette exigence financière s’accompagne de celle de voir s’accélérer le dossier d’adhésion de la Turquie à l’UE.

La Grèce, quant à elle, se voit soumise à un chantage résumé dans la proposition suivante : « La Grèce accepte de sceller sa frontière vers le nord avec l’assistance de l’UE, interrompant ainsi le flux de migrants vers l’Europe du Nord. En retour, l’Allemagne acceptera l’annulation d’une grande partie de la dette grecque ainsi que de fournir une aide financière immédiate pour la gestion de la crise actuelle. Les réfugiés qui arriveront en Grèce seront hébergés dans les îles grecques, dans des camps de réfugiés sous la gestion de l’UE, et ensuite ils retourneront en Syrie ou là d’où ils ont dû fuir, une fois la paix rétablie ».

Et l’Italie, après avoir enregistré ces derniers mois une baisse des arrivées de migrant•e•s sur ses côtes, serait de nouveau fortement ébranlée par les conséquences d’une nouvelle intervention impérialiste en Libye.

En France, l’état d’urgence et l’autoritarisme d’état contre les migrant•e•s

En interdisant toute manifestation à Calais, que se soit en soutien ou en hostilité aux migrant•e•s, le gouvernement entendait avant tout faire taire toute voix progressiste qui pourrait contrarier sa politique de répression et d’invisibilisation de ces derniers. C’est le sens de l’exploitation éhontée à laquelle il se livre depuis samedi dernier, après la petite manifestation raciste, xénophobe et ultra médiatisée organisée par le mouvement européen Pegida. Le casting était de choix : 150 nazillons sous les ordres d’un général en retraite de la Légion étrangère, quelques arrestations, un procès et quelques mois de prison ferme distribués.

Une opportune diversion qui n’a pour but que de jeter le voile sur le démantèlement en cours de la « jungle » et de préparer la répression de 6 migrants et de 2 soutiens, dont le procès se déroulera lundi 22 février au TGI de Boulogne.

Nous n’accepterons jamais l’amalgame honteux que tentent de faire le pouvoir, la droite et une partie des médias entre « deux camps extrémistes ». Cette fausse neutralité dépolitisante, défendue par la droite comme par le PS, n’a qu’un seul but : mater toute résistance à la mise en place d’un état d’urgence permanent, briser les solidarités les plus élémentaires, et imposer à coups de triques l’union nationale… Les anticapitalistes sont prêts à relever le défi !

Alain Pojolat

Voir en ligne : Site du NPA national

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017