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Sam Tsemberis : Cet homme détient l’idée de génie pour reloger les sans-abri…

Tout revient toujours au fric. Ce psychologue a réussi à faire reloger des SDF en montrant que cela revenait moins cher que de les laisser à la rue…

François

Comment mettre fin à la problématique des personnes sans-domicile-fixe immédiatement ? Sam Tsemberis, un psychologue spécialisé dans le comportement des groupes sociaux, propose une idée aussi simple qu’évidente : il suffit de reloger ces personnes ! Non seulement la société a les moyens de le faire, mais en plus, le coût du relogement est de loin inférieur aux coûts collectifs indirects liés à la misère. Voici pourquoi.

Depuis 25 ans, le nombre de sans-abris n’a cessé d’augmenter dans les grandes villes américaines. En cause, notamment, le manque de logements sociaux. Parmi les victimes de cette crise du logement : les personnes confrontées à des troubles psychiatriques. En effet, au vu des frais médicaux astronomiques auxquels elles doivent parfois faire face, notamment en cas d’hospitalisation, il n’est pas rare que ces personnes soient obligées de quitter leur appartement faute de ressources, et d’ainsi finir à la rue. Pour contrer cette spirale infernale, qui ne fait qu’accroître les troubles mentaux des personnes concernées, Sam Tsemberis a créé le concept de « Housing First » (Le logement d’abord), afin d’aider ces personnes à retrouver un logement avant de pouvoir rebondir dans la vie. Une belle initiative qui a largement fait ses preuves aux États-Unis.

L’échec de l’aide actuelle

Dans les systèmes d’aides traditionnellement proposées aux sans-abris, de multiples étapes doivent souvent être franchies avant de pouvoir retrouver un toit. D’abris de nuit en centres d’accueil d’urgence, de maisons communautaires en logements de transit, chaque étape représente une nouvelle déstabilisation sociale et physique pour la personne qui souhaite sortir de la rue. En plus de l’incertitude, les institutions mettent la pression sur ces personnes pour leur réinsertion. De plus, et ce, particulièrement pour les personnes atteintes de troubles mentaux et d’addictions, on procède souvent à un système de chantage/récompense : « arrête de boire, on te trouvera un appartement » , « trouve un emploi pour pouvoir payer ton loyer ». Mais sans un lieu de vie stable, à l’abri du stress de la rue et de son insécurité permanente, il est impossible de créer les conditions d’une prise en charge sociale et médicale. C’est pour briser ce cercle vicieux que Sam Tsemberis, psychologue vivant à New York et originaire de Grèce, a imaginé Housing First.

« Les personnes qui vivent avec 650 dollars par mois (environ 500 euros) et qui connaissent des problèmes de santé mentale sévères ne sont pas arrivées dans la rue parce qu’elles étaient malades, mais parce qu’elles sont pauvres ! Par exemple, elles ont quitté leur appartement lors d’une hospitalisation en institution psychiatrique, et à leur sortie, elles se sont retrouvées à la rue et y sont restées. » déclare Sam Tsemberis, fondateur de Housing first, dans une interview accordée à l’association Aurore. « C’est d’abord un problème de pauvreté. » Une pauvreté qui peut mener à la maladie mentale qui, une fois installée, crée un cercle vicieux de précarisation.

L’idée est tellement simple que beaucoup de gens lui ont rigolé au nez lorsqu’il a commencé à parler de son projet, au début des années 1990. En effet, pour aider les sans-abris à sortir de la rue, l’idée de Sam Tsemberis était « simplement » de faire en sorte que ceux-ci bénéficient d’un logement permanent avant toute chose ! c’est-à-dire avant même de rechercher un travail ou de mettre fin à d’éventuelles addictions (drogues ou alccol). Bien sûr, cela a un coût qui peut sembler démesuré (et, selon les plus conservateurs, injustifié) pour la communauté, qui voit des logements attribués « gratuitement » à des sans-abris. Cependant, une fois que le projet a eu assez de subventions pour aider les premiers bénéficiaires dans les années 1990, il s’est très vite avéré que le coût mensuel d’un petit appartement pour une personne (environ 12 000$ par an) revenait à près de deux fois moins cher que l’addition des frais occasionnés si celle-ci était restée à la rue (environ 20 000$). Le bilan est clair.

En effet, c’est là le point essentiel de Housing First : démontrer aux autorités compétentes (ici, le gouvernement fédéral), qu’il est plus efficace, plus humain et aussi plus rentable de reloger des sans-abris de façon pérenne. Due à sa situation précaire, et particulièrement si elle souffre de troubles mentaux ou d’addictions, la personne sans-abri fera l’objet de dépenses à court terme particulièrement onéreuses, comprenant le plus souvent les hébergements d’urgence, les frais d’hospitalisation (on sait à quel point les soins peuvent vite atteindre plusieurs milliers de dollars aux États-Unis), les séjours en centres de désintox, voire même ceux en prison (car dans beaucoup d’États, il est considéré comme illégal de dormir dans la rue ou dans sa voiture, ce qui génère des arrestations).

La rentabilité est une chose, mais il s’avère surtout que, sur les milliers de bénéficiaires de Housing First depuis sa création, et à travers tous les Etats-Unis, environ 85 % ont gardé leur logement après le programme et mènent aujourd’hui une vie stable. Des chiffres jamais vus dans l’histoire des Etats-Unis, qui ont notamment permis à l’Utah de réduire de 74 % le nombre de sans-abris au sein de l’État ! Ainsi, le projet semble démontrer qu’un logement stable est la clé essentielle pour rebondir dans la vie.

Cette initiative est d’autant plus inspirante qu’elle fonctionne sur le principe de la confiance. En effet, face à cette confiance immédiate que les sans-abris se voient accordée, peu importent leurs parcours, leurs addictions ou maladies, ils commencent automatiquement à s’auto-gérer et à prendre soin de ce bien inestimable (et pourtant fondamental) dont ils peuvent bénéficier.

« Les gens me prenaient pour un fou », déclare Tsembris au Washington Post, « Ils me demandaient : “Tu veux dire que même si l’un d’entre eux rechute et vend tous les meubles que vous lui avez donné pour s’acheter de la drogue, vous n’allez pas le virer ?” Et je leur répondais “Non, on ne le fera pas.” ». Et la suite lui donnera raison.

Si le concept de Housing First commence à s’exporter à travers le monde, comme au Canada ou en Europe, il est encore parfois difficile de faire évoluer les mentalités conservatrices. Le SDF est toujours perçu comme un incapable et une personne potentiellement dangereuse. Mais comment faire confiance si on ne considère pas ces personnes pour des humains égaux et capables ? « Donner un abri aux sans-abri paraît être une solution tellement évidente qu’on n’a presque pas envie de l’évoquer haut et fort », explique Ryann Duffy, présentateur de la web-série « Now What », dont l’un des épisodes a été consacré à l’initiative « Housing First » (disponible ci-dessous en américain). On espère cependant que ces travaux menés avec humanité et conviction depuis plus de vingt ans continueront à porter leurs fruits à travers le monde, pour un monde plus juste.

Voir en ligne : Mr Mondialisation

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017