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Scène de la vie quotidienne

Scène de la vie quotidienne.

Elle a 70 ans à vue de nez et un paquet de Whiskas maladroitement caché à la vue de tous. Les articles défilent entre les doigts de la caissière. Des yaourts, des œufs, de la soupe Liebig « velouté de légumes du soleil »…

De quoi manger pour la semaine, peut-être un peu plus.

Le tapis se vide peu à peu. La caissière, une fois sa tâche accomplie, relève les yeux. Ils s’arrêtent sur le caddie, presque instinctivement. Ils s’écarquillent. La bouche s’entrouvre. Le temps ralenti étrangement. « Levez le cabas » dit-elle d’un ton doux mais ferme. La cliente, apprentie voyou d’un jour, lève péniblement le cabas et découvre complètement ce que nous avions tous vu. Elle va les payer ses croquettes. Cerise sur le gâteau, des fraises étaient - bien - dissimulées à côté. Elle va le payer aussi son petit plaisir - vraiment - coupable.

La caissière a l’œil victorieux du fin limier à qui on ne la fait pas. Sa bouche reste ouverte durant toute la scène, comme pour crier victoire – mais sans aller jusqu’au bout de la démarche : ça serait sans doute trop. La caissière d’à côté n’a rien perdu de la scène. Les regards, complices, se croisent.

La petite mamie, se voûtant de seconde en seconde, paye d’un chèque tout ce qu’elle doit. Les gens autour, gênés, détournent le regard. C’est fou comme un paquet de menthos peut paraître intéressant en certaines circonstances.

Dégoûté, impuissant et attendri, mon regard n’est pas pour les menthos mais pour la petite dame qui paye doublement ses courses aujourd’hui. Le coût de la honte est venu alourdir le tarif habituel.

Dans quelle société vivons-nous pour qu’une vieille dame soit obligée de voler pour nourrir un chat et avoir le droit de goûter des fraises ? Dans quel monde vivons-nous pour que les personnes parmi les plus mal considérées de la société soient mises en situation de se réjouir de « coincer » ceux qui leurs sont pourtant si semblables ? Car oui, la caissière et la petite dame me paraissent cruellement si proches l’une de l’autre. Peut-être la vieille dame est-elle une ancienne caissière à temps-partiel imposé et payée au rabais qui bricole aujourd’hui sa vie avec une pension de misère ? La caissière a fait son travail pour vivre. La vieille dame aussi, pour vivre.

Quant à moi, je n’ai été que le pathétique spectateur d’un monde qui m’attriste.

Chiffre d’affaire de Carrefour : 76 milliards d’€ en 2015.

NP

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017