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Dossier Brexit

 Brexit or not Brexit : une réponse anticapitaliste ?

Le 23 juin aura lieu au Royaume-Uni un référendum pour décider si le pays reste dans l’Union européenne ou s’en retire. Le pays est profondément divisé sur cette question et les derniers sondages montrent les deux camps au coude à coude, avec un léger avantage tantôt pour le « stay in » (rester dans l’UE), tantôt pour le Brexit (en sortir).

L’accentuation de ces divisions et le choix du Premier ministre David Cameron d’organiser aujourd’hui un référendum sont en grande partie dues au renforcement de l’aile droite réactionnaire et eurosceptique de son parti (le Parti conservateur) et à la pression de UKIP, un parti populiste, réactionnaire et très raciste qui a fait une percée importante ces dernières années.

Cependant, les divisions sur l’attitude vis-à-vis de l’Europe ne datent pas d’aujourd’hui et comme nous essaierons de montrer dans ce dossier, les positionnements ont souvent évolué, ceux de la droite, et plus particulièrement au sein du grand capital, mais aussi dans la gauche politique et syndicale.

Enfin, sur la question du référendum, la gauche radicale est aussi divisée sur la réponse à donner. Pour mieux éclairer la nature de ce débat, nous avons donc invité deux camarades à expliquer les raisons du choix de leurs organisation respectives, l’une pour le « stay in », l’autre pour le Brexit.


 Les capitalistes britanniques et la construction européenne

Dès 1949, Winston Churchill, dirigeant du Parti conservateur, à l’époque dans l’opposition, a été un des premiers à se déclarer en faveur des « États-Unis d’Europe ». Il soutenait l’unification et l’intégration de l’Europe… mais ajoutait que cela ne pouvait en aucune façon s’appliquer à la Grande-Bretagne à cause de l’Empire et de son « rôle sur la scène mondiale » en tant que grande puissance militaire et commerciale.

Dans les années 1960, le réveil sera rude. Souvent contraint et forcé, l’empire est abandonné et le déclin économique du pays devient de plus en plus évident, relatif à la croissance de l’Allemagne et à celle d’autres pays européens. Enfin, le fiasco de l’invasion franco-britannique du canal de Suez en 1956 et le « veto » des USA et de l’URSS mettront fin aux illusions que certains Britanniques avaient encore en leur rôle de super­puissance militaire.

 L’adhésion à la CEE

La Grande-Bretagne se dépêche de demander l’adhésion à la CEE. Elle sera refusée deux fois, la deuxième par un veto de De Gaulle qui craignait (peut-être avec raison) que sa politique étrangère ne soit pas indépendante des USA. En 1973, l’adhésion est acceptée mais ce ne sera pas la fin des tensions, ni avec le reste de l’Europe ni au sein du Parti conservateur et du capital britannique.

Dans les premières années, les capitalistes britanniques pensent pouvoir compenser les paiements au budget de la CEE par une augmentation de leurs exportations. Mais la baisse continue de la compétitivité de l’industrie britannique et une augmentation de l’importation de marchandises européennes ne font que creuser le déficit.

 Thatcherisme

En novembre 1979, quelques mois après son élection comme Premier ministre, Margaret Thatcher déclare au sommet européen de Dublin « I want my money back » (Je veux que l’on me rende mon argent)… Dans les sondages, 40 % de l’électorat britannique sont prêts à se retirer de l’Europe en l’absence d’un accord. C’est le début d’une longue période de crispation avec l’Europe.

Les années 1980 sont aussi le développement par Thatcher d’une politique néolibérale : moins d’État, moins de social, moins de « charges ». Elle s’oppose alors à tout ce qui s’apparente à une politique sociale, à des « contraintes » en matière de droits sociaux, etc.

Nettement moins pro-européen que son prédécesseur, Thatcher se tourne davantage vers son ami et co-promoteur du tournant néo­libéral, Ronald Reagan, réveillant ainsi la vielle division au sein du capital britannique entre ­européistes et atlantistes.

 Pourquoi la division ?

Parmi les raisons de la division actuelle entre les « in » et les « out », il existe effectivement des intérêts divergents entre les capitalistes qui commercent ­davantage avec l’Europe et ceux qui sont davantage tournés au-delà de l’Atlantique vers les Amériques et au-delà vers l’Asie de l’Est et le marché global. Il y a aussi les grands patrons des médias qui sont peu liés à l’Europe et sont pour beaucoup d’entre eux pour le Brexit.

Néanmoins un sondage montre que les trois quarts des patrons des grandes entreprises britanniques, les grandes banques et la City de Londres, sont pour le « in » ainsi que les deux grandes confédérations patronales.

Comment expliquer alors qu’entre un tiers et la moitié des députés conservateurs, un quart des ministres et un tiers du cabinet sont pour le Brexit ? La principale raison s’appelle UKIP (« le parti pour l’indépendance du Royaume Uni »).

Pendant des décennies, en Grande-Bretagne, il a existé différents partis anti-européens mais qui n’ont jamais décollé. Aux dernières élections européennes, UKIP est arrivé premier avec 25 % des voix, et aux législatives, avec un système qui lui était très défavorable, il a obtenu 12 %. Avec l’éclatement de la crise en 2008, UKIP, avec un discours raciste contre les musulmanEs, les Roms, et les réfugié•e•s, a su capter les voix de millions de personnes, profitant, comme ailleurs en Europe, d’une déception vis-à-vis de la politique social-libérale menée par la gauche.

 L’original et la copie

Voyant que de plus en plus d’électeurs mais aussi de députés conservateurs se tournaient vers UKIP, Cameron a dû concéder la tenue d’un référendum. Il a beau chercher depuis à rivaliser en discours antigivrant•e•s et à négocier la réduction des droits des citoyen•ne•s de l’UE qui arrivent en Grande-Bretagne, on en revient à l’histoire de l’original et de la copie, travaillé par un UKIP qui pousse à chaque fois un peu plus loin.

En tout cas, le Parti conservateur continuera sans doute à se déchirer, quel que soit le résultat du vote. Les pronostics sur les conséquences d’un Brexit et ce déchirement divise nos camarades britanniques. Un renforcement des forces réactionnaires dans le pays ou la possibilité pour la gauche de reprendre l’initiative ? L’avenir nous le dira.


 La gauche britannique face à l’Europe

Aujourd’hui, face au référendum, tous les députés travaillistes — sauf sept — sont en faveur du « in ». La situation n’a pas toujours été celle-ci.

À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, la direction du Parti travailliste, comme celle des Conservateurs, était très hostile à l’idée d’un rapprochement avec l’Europe, cela avec la même argumentation nationaliste, voire impérialiste, insistant sur le fait qu’ils devaient garder leur propre arme nucléaire afin de continuer à tenir leur rang parmi les trois superpuissances. Seule la gauche du parti, dont les anciens de l’ILP, étaient pour une Europe unie.

 Premier référendum...

Trente ans plus tard, la situation avait déjà beaucoup évolué. En 1973, les conservateurs avaient négocié l’entrée à la CEE. En 1974, les travaillistes ont emporté les élections après quatre années de luttes sociales massives et deux grèves des mineurs victorieuses. En 1975, la direction du parti a organisé un référendum afin de réaffirmer l’adhésion. Contrairement à aujourd’hui, le Parti conservateur était très uni et les travaillistes très divisés sur l’Europe. Ceux-ci avaient donc besoin de trancher la question… en s’appuyant sur la droite.

Le résultat fut une large victoire pour le « oui » (67 % contre 33 %), mais toute la gauche travailliste, très importante à l’époque, la quasi-totalité des syndicats et toute la gauche radicale et révolutionnaire avaient voté « non ». À part la campagne internationaliste des révolutionnaires, l’ensemble de la campagne pour le « non » était plus que teintée de nationalisme. Un nationalisme de gauche, c’est-à-dire le souverainisme des réformistes pour qui le changement ne peut être introduit que par en haut et par un État souverain et indépendant.

 Pendant les années Thatcher

Depuis 1975, les positions ont de nouveau beaucoup évolué. Les années Thatcher ont pesé lourdement sur le mouvement ouvrier. Cette période de défaites, de lois antisyndicales et de démoralisation, expliquent sans doute pourquoi le mouvement syndical s’est tourné de manière assez désespérée vers l’Europe et la promesse de mesures sociales et de nouveaux droits qui pourraient s’imposer aux Conservateurs, se sentant incapables de les imposer lui-même.

Le Parti travailliste, après 18 ans dans l’opposition, s’était converti au social-libéralisme et en 2015, la gauche du parti, dont Jeremy Corbyn, était réduite à une poignée. Opposant depuis longtemps à l’Union européenne, il avait affirmé pendant sa campagne pour devenir dirigeant du parti que Cameron ne pouvait pas s’attendre à un soutien automatique du Parti travailliste au vote « in ». Peu après son élection, il change sa position, et se déclare aujourd’hui en faveur du maintien dans l’UE, pour un « in » critique et pour une autre Europe.

Quant aux syndicats, la confédération nationale, le TUC, est pour le « in », ainsi que la grande majorité des syndicats.

Le Parti national écossais (SNP) est unanimement pour rester, même s’il souhaite sans doute en privé que le Brexit l’emporte… car cela leur donnerait un prétexte pour exiger un nouveau référendum sur l’indépendance.

 Une gauche radicale et révolutionnaire divisée

Une partie de la gauche est pour le Brexit et s’est regroupée dans une campagne qui s’appelle Lexit–Left Leave. Elle est composée du Socialist Workers Party, du Parti communiste (GB), et du syndicat RMT (Rail, Maritime and Transport Union), The Indian Workers Association et Counterfire qui comprend plusieurs animateurs de la Coalition Stop the War. Parmi les intervenantEs dans les meetings, on trouve des personnes comme Tariq Ali ou Alex Gordon, ancien président du RMT. Enfin, une autre organisation, le Socialist Party (CIO) fait aussi campagne sur des bases similaires pour le Brexit.

Quant au choix de rester dans l’UE, la plupart des forces de la gauche radicale se trouvent dans la campagne « Another Europe is possible ». Parmi les animateurs de cette campagne, on trouve Left Unity (le regroupement initié par Ken Loach), le Green Party, et la gauche du Parti travailliste, dont le groupe Momentum fondé par des soutiens de Jeremy Corbyn. Parmi les porte-parole de cette campagne, on trouve Yanis Varoufakis, John McDonnell, le bras droit de Corbyn, et Caroline Lucas, députée des Verts. C’est à ce regroupement que Socialist Resistance apporte un soutien critique.


 Tribune : Contre le racisme, pour un vote « stay in » critique

Le Parti conservateur actuellement au pouvoir en Grande-Bretagne est profondément divisé et en crise au moment où nous nous approchons du référendum sur l’adhésion à l’Union européenne le 23 juin…

Le Premier ministre Cameron avait promis le référendum pendant la campagne des élections parlementaires de l’année dernière afin de récupérer des voix qu’il perdait au profit de UKIP dans une situation où il ne s’attendait pas à gagner les élections. Il doit actuellement regretter ce minable petit jeu opportuniste car le résultat du référendum est loin d’être certain.

La campagne dominante pour le Brexit est un étalage nauséabond de racisme et de xénophobie, et cela empire de jour en jour. C’est un référendum d’abord et avant tout sur l’immigration. Pour les conservateurs et UKIP, l’UE est remplie d’étrangerEs, et ils n’en veulent pas ici... Un vote pour la sortie sera vu avant tout comme un vote contre l’immigration, alors que des migrantEs se noient par dizaines de milliers dans les mers Méditerranée et Adriatique.

Dans ces conditions, cet article — et c’est la position de Socialist Resistance — argumente en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’UE lors du référendum afin de s’opposer à une montée de plus en plus forte du racisme et de la xénophobie.

 La gauche radicale divisée

Les deux organisations les plus importantes, le SWP et le Socialist Party (CIO) font campagne pour le Brexit, et une série d’organisations plus petites, dont Socialist Resistance et Left Unity, font campagne pour rester dedans, aux côtés du Parti des Verts, du Parti National Écossais (SNP) et de Plaid Cymru (les indépendantistes du Pays de Galles).

Jeremy Corbyn fait aussi campagne pour rester dans l’UE, sur des bases similaires, c’est-à-dire avec un positionnement de gauche très différent de celui de Cameron : pour une Europe sociale, pour une Europe des peuples, etc.

Il existe deux campagnes de la gauche radicale pour le Brexit : une qui comprend le SWP et le Parti communiste (GB), et l’autre du Socialist Party sur la même base politique. Ces deux campagnes ont été noyées par la droite xénophobe, et n’ont aucune visibilité dans le référendum. Malheureusement, les conditions n’existent pas dans ce référendum pour qu’il puisse y avoir une campagne de gauche progressive et crédible pour la sortie, avec des forces significatives qui la soutiennent et qui pourrait avoir un profil distinct de la campagne de droite.

Les deux campagnes de la gauche radicale pour la sortie fondent leur position sur la nature réactionnaire et anti-ouvrière de l’UE, le rôle joué par celle-ci en Grèce en étant la meilleure démonstration. Et bien sûr, ils ont raison. L’UE est une structure réactionnaire et anti-ouvrière, qui a effectivement appauvri la nation grecque entière sur l’autel du sauvetage de l’euro et la poursuite du projet néolibéral de l’UE. Cela est absolument vrai et j’ai déjà écrit de multiples fois à ce sujet.

 Les conséquences d’un Brexit, une poussée réactionnaire

Le problème est que ceci ne prend nullement en compte les conséquences politiques dangereuses d’un vote pour la sortie, ainsi que les conséquences pour le mouvement ouvrier.

Un vote pour le Brexit, dans ces conditions orienterait la situation politique en Grande-Bretagne très nettement à droite. Cela renforcerait UKIP et la droite du Parti conservateur, et entraînerait peut-être un réalignement profondément réactionnaire entre les deux.

Cameron ne serait plus là, certes, mais celui qui le remplacerait serait un xénophobe populiste de droite qui interpréterait le vote pour le Brexit comme un mandat direct pour de nouvelles mesures draconiennes, en particulier contre l’immigration.

Ce ne serait pas un Brexit dirigé par un gouvernement cherchant à rompre avec les politiques néo­libérales et les contraintes de l’UE. Ce serait un Brexit dirigé par des populistes et des xénophobes de droite dans le cadre d’un programme de droite raciste.

De toute façon, le fait d’être par principe en faveur de la sortie de l’UE ne signifie pas voter pour une sortie, quelles que soient les circonstances ou les conséquences. Nous devons être guidés non seulement par des principes généraux, mais par ce qui sert au mieux les intérêts du mouvement, ici et maintenant, en riposte contre l’austérité.

Il faut aussi souligner qu’un vote pour le Brexit mettrait les 2,2 millions de citoyens de l’UE qui habitent la Grande-Bretagne dans une situation très vulnérable. C’est quelque chose dont la campagne pour le Brexit de gauche — et de manière insouciante — ne tient absolument pas compte.

 Jouer avec le feu

Les défenseurs d’un Brexit de gauche devraient réfléchir très sérieusement aux conséquences d’un vote pour une sortie dans un référendum tel que celui-ci. Ils jouent avec le feu quand ils disent, et ils le disent effectivement, qu’un vote pour le Brexit ouvrirait des opportunités pour la gauche et mènerait à un gouvernement Corbyn. Cela n’a pas de sens. Au mieux, c’est un pari risqué énorme. Quand une victoire pour la droite a-t-elle déjà ouvert des opportunités pour la gauche ?

En fait, le terme « sortie de gauche » est un nom mal approprié. C’est une contradiction dans les termes, puisqu’aucune « sortie de gauche » n’est disponible. La seule sortie proposée est une sortie de droite dominée par les xénophobes dans le cadre de leur programme. Les animateurs des campagnes de la gauche radicale pour le Brexit commettent une lourde erreur, et ils devraient bien y réfléchir.

Alan Thornett (membre de la direction de Socialist Resistance).

Intertitres de la rédaction


 Tribune : Pour un « Lexit », un Brexit de gauche

Le débat sur le référendum en Grande-Bretagne est dominé des deux côtés par des arguments pro-business et anti-immigrés. Dans ce contexte, le SWP a développé des arguments pour une position indépendante de gauche, en faveur d’une sortie.

Il existe des raisons puissantes de s’opposer à l’UE. La plus évidente est la façon dont elle a traité plusieurs pays de l’Europe du Sud depuis le début de la crise économique.

L’UE a été en première ligne pour imposer l’austérité en Grèce et ailleurs. Lors de la dernière phase du programme de sauvetage grec, nous avons assisté au spectacle du gouvernement de Syriza, applaudi par l’UE, taillant en morceaux les retraites. Au moment même où la mesure était votée au Parlement, et soutenue par le parti de droite et les Grecs Indépendants, dehors (sur la place Syntagma) la police anti-émeute attaquait les manifestantEs à coups de gaz lacrymogène. Cela illustre la version brutale de la mise en place du néolibéralisme par l’UE.

Prenez aussi par exemple le « pacte fiscal » qui impose des limites automatiques aux dépenses des gouvernements européens, ou bien la succession de traités de commerce néolibéraux, dont le TAFTA n’est que le plus infâme, négocié actuellement en secret par l’UE.

 L’Europe forteresse

L’UE a toujours été un projet capitaliste. Mais aujourd’hui, l’UE fonctionne ouvertement dans les intérêts des grandes puissances européennes, des grandes sociétés et des banques. Loin d’assurer la paix en Europe, elle est empêtrée dans les rouages de l’impérialisme, comme en témoigne la poussée coordonnée par l’UE et l’Otan en Europe de l’Est.

Même la liberté de travailler et d’étudier à l’étranger accordée par l’UE, ne l’est qu’à un prix important. La coordination des frontières de l’Europe a créé une « Europe forteresse » qui nie la liberté de circulation à celles et ceux qui n’ont pas la chance d’être des citoyens de l’UE.

Encore une fois, c’est la Grèce qui est en première ligne. Récemment, le gouvernement grec a évacué le camp de réfugiéEs non officiel d’Idomeni, qui se trouve sur la frontière macédonienne, interdisant aux journalistes de s’approcher du camp pendant que la police a forcé sa population à intégrer des camps officiels. L’action faisait partie du pacte avec la Turquie, accompagné d’un durcissement de la répression des migrantEs, tandis qu’à l’heure actuelle, seuls 177 des 2,7 millions de Syriens coincés en Turquie ont été accueillis en Europe.

 L’UE peut-elle être réformée ?

Devant ce constat, le SWP s’est joint à ceux qui s’identifient comme des opposants internationalistes à l’UE pour lancer Lexit : The Left Leave Campaign (la Campagne pour une sortie de gauche).

Nous sommes confrontés à deux arguments venant de la part d’autres forces de la gauche. Le premier argument affirme que l’UE peut être réformée. Cette idée est défendue par le dirigeant de gauche du Parti travailliste, Jeremy Corbyn. Bien qu’il ait été historiquement un opposant de l’UE, il a conclu un accord, assez tôt après son élection comme dirigeant, avec la droite du Parti très majoritaire parmi les députés du Parlement, pour faire campagne en faveur du vote pour « rester » dans l’UE.

Cependant, je n’ai pas encore entendu quelqu’un nous proposer une méthode pour réellement réformer l’UE. Celle-ci est remplie de bureaucraties non élues qui encadrent des institutions comme la Commission européenne et la Banque centrale européenne. Les décisions clés de l’UE sont prises après des marchandages entre les différents gouvernements nationaux qui se réunissent dans le Conseil européen.

Il n’existe aucun forum pan-européen, démocratique et crédible, qui puisse pousser pour des réformes. Le Parlement européen qui n’a même pas le droit de proposer des lois, ne peut certainement pas remplir cette fonction. Changer fondamentalement les choses signifierait la réécriture des traités de l’UE, ce qui nécessiterait un accord des 28 États membres.

Si la gauche gagnait dans les 28 pays, nous ne réformerions pas l’UE : nous construirions des institutions authentiquement internationalistes pour promouvoir les intérêts des travailleurEs.

Par ailleurs, la possibilité d’une marée montante de forces de gauche pro-UE capable de transformer les institutions de l’Europe est morte dans les rues d’Athènes. Est-ce que Syriza est en train de remodeler l’UE ? Ou est-ce l’inverse ? Il est temps de commencer à traiter l’UE comme nous traitons le FMI ou l’OMC : comme une institution capitaliste néolibérale que nous devrions abolir et non réformer. Cela signifie que les pays doivent voter pour la quitter.

 Les conséquences d’un Brexit, l’affaiblissement du capital et de l’impérialisme

Le deuxième argument est qu’un vote pour le Brexit déplacerait le curseur de la politique vers la droite. Une sortie, nous dit-on, nous laisserait à la merci d’un gouvernement dirigé par Boris Johnson, le conservateur qui dirige la campagne pour le Brexit. Je ne vois pas bien pourquoi Johnson est considéré comme pire que David Cameron. La gauche radicale est peut-être petite, mais réduire nos attentes au niveau de vouloir soutenir une aile du Parti conservateur contre une autre pousse le pessimisme à un niveau encore jamais atteint.

De toute façon, un déplacement à droite est loin d’être inévitable. Le débat sur l’UE est en train de déchirer le Parti conservateur. Le résultat en a déjà été l’annulation de beaucoup d’attaques récentes du gouvernement.

Si la Grande-Bretagne vote pour sortir de l’UE, cela affaiblira non seulement le capital et l’impérialisme mais il provoquera aussi la démission de David Cameron comme Premier ministre. Quel que soit son successeur, il ou elle héritera d’un gouvernement profondément divisé, d’un gouvernement qui aura beaucoup de mal à rester au pouvoir. Cela donne la possibilité d’élections que Corbyn devrait gagner, ce qui créerait un terrain bien plus favorable pour la lutte contre l’austérité et le racisme.

La gauche devrait se réjouir de cette perspective et chercher à formuler les arguments ­socialistes pour une sortie.

Joseph Choonara (membre de la direction du Socialist Workers Party)

Intertitres de la rédaction

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017