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Carnet de voyage en Afrique du Sud, saison 2, chapitre 4 : « On quitte le désert pour l’Océan indien »

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 Vendredi 18 septembre : de Springbok à Prieska

Bien reposés et ayant finalement succombé au petit déjeuner copieux et rafraichissant nous partons ragaillardis pour ce qui nous semble être une nouvelle aventure.

Avant de partir nous faisons quelques emplettes et quelques courses en prévision du voyage qui sera long avant d’arriver du côté de l’Océan indien. Première alarme au poste à essence, la carte bancaire du compte sur lequel nous avions mis notre budget vacances est refusée sans explication et pas moyens de joindre la banque française, de ce bout du monde. Plutôt inquiétant car nous savions pertinemment que le compte était largement provisionné. Heureusement nous avions d’autres cartes bancaires à notre disposition et nous avons pu partir sans attendre avec le plein d’essence.

Nous quittons Springbok pour prendre la direction d’Uppington sur la RN10. Notre GPS nous indique que nous devons suivre la route pendant 360 km.

Il fait déjà chaud, la route est droite et traverse des paysages plutôt arides Au loin de chaque côté, on devine des montagnes et plus près de la route on observe de curieux et énormes amas de pierre qui semblent avoir été érigés par l’homme, mais il n’en est rien.

Amas de rochers sur la RN 14 de Springbok et Aggeneys

Puis, tout à coup notre regard est attiré sur les bords de route par de curieux nids d’une taille très impressionnante juchés au sommets des pylônes électriques. Ce sont les premiers que nous pouvons observer mais nous aurons l’occasion d’en voir beaucoup plus le lendemain entre Prieska et Queenstown.

Le Républicain social
 
Le Philetairus socius est la seule espèce du genre Philetairus. Il n’est présent qu’en Afrique australe sous trois sous-espèces dont la sous-espèce type P. socius socius, présente dans la région nord-ouest de l’Afrique du sud.

Le nom commun anglais est « sociable weaver » ce qui est plus parlant puisqu’en plus d’être exceptionnellement sociable le P. s. socius est un excellent tisseur.

Ce petit passereau, de la taille de l’un de nos moineaux communs, édifie les plus grands nids du règne aviaire. Ce sont des petites cités, où une centaine de couples de plusieurs générations coexistent. Ces cités suspendues sont évidemment construites à plusieurs sur plusieurs années. Elles sont habitées tout le temps, différents niveaux de chambres internes permettant aux oiseaux de se protéger aussi bien du froid que du chaud. Les oiseaux s’entraident en particulier pour s’occuper des petits y compris ceux dont les parents sont morts.

Nid de Républicains sociaux

Globalement cette espèce n’est pas en danger, car elle a su s’adapter, et même étendre son aire géographique en utilisant les poteaux télégraphiques dans les endroits où ses arbres de prédilection (Acacia erioloba ou acacia à girafe, le Boscia albitrunca ou arbre du berger, de la famille des câpriers et Aloe dichotoma ou Kokerboom, arbre à carquois) ne sont pas présents. Du coup, comme les lignes télégraphiques suivent le plus souvent les routes, on voit fréquemment des alignements de nids. Parfois les poteaux ont été étayés pour éviter qu’ils cassent sous le poids des nids. Les P. s. socius sont principalement insectivores, en période sèche ils peuvent même se contenter de l’eau présente dans les insectes pour survivre, mais ils mangent aussi des graines. Et ils adaptent leur reproduction au sein d’un nid aux conditions extérieures et particulièrement à la pluviométrie, qui dit pluie dit plus de végétaux qui à leur tour nourrissent plus d’insectes.

Petit nid de Républicains sociaux

Vers 13 heures, nous décidons de faire une pause, dans ce que l’on appelle le Kalahari vert, une oasis plutôt sympathique et rafraichissante à Kakamas,une bourgade d’un peu moins de 10 000 habitants. Fondée à la fin du 19e siècle sur les bords de la rivière Orange, grâce à l’irrigation celle-ci est devenue aujourd’hui exportatrice de raisins de table vers l’Europe et l’Angleterre et exporte également des pêches, des fruits secs, des oranges et des dates. La région produit aussi un vin très réputé, le OWK (Oranjerivier Wyn Kelders en Afrikaans).

La rue principale est particulièrement ombragée par les arbres, et on distingue des maisons pimpantes avec jardins donnant le sentiment d’une ville provinciale plutôt cossue. La ville semble animée et nous arrivons juste au moment où les élèves, presque tous blancs, sortent d’une école, Hoerskool Martin Oosthuizen. Et tout à coup on se serait crus transportés dans le temps et dans l’espace à la sortie de Eaton, une école huppée de la capitale britannique où les rejetons de sa Majesté se doivent de faire leurs premières études : les garçons (bien enrobés) sont en culottes courtes, chemises blanches et cravates, les filles en jupes plissées comme il se doit. La vision est saisissante et symptomatique de cette Afrique du sud à deux vitesses.

Pour le lunch nous nous arrêtons dans une « tea-room » tenue par des Afrikaners, et nous nous régalons une fois n’est pas coutume d’une « Greek Salad », servie dans le jardin à l’ombre d’un grand jacaranda où pousse une belle plante épiphyte aux fleurs rouges.

Comme c’est le pays du vin et qu’il y a des caves renommées un peu partout nous décidons de faire la plein chez un producteur où une dame imposante et très obèse nous recommande un assortiment de 16 bouteilles de rouges et de blancs. Le choix des cépages, des assemblages, des utilisations (vins jeunes, vins de garde) est impressionnant. Une fois encaissé un employé noir est dépêché pour porter les deux caisses dans le coffre de notre voiture.

Les ouvriers sont transportés comme et avec le bétail à l’arrière des pick-up…

Mais la route nous attend, nous avons beaucoup de voiture à faire avant d’arriver sur la « Wild Coast » dont on nous a tant parlé et nous devons donc continuer sur cette route droite et un peu ennuyeuse, bordée de vignes à perte de vue avec de temps en temps pour en rompre la monotonie des cultures de foin ou de luzerne irriguées. Il semble qu’avant de planter de nouvelles vignes, les viticulteurs implantent une luzerne pour augmenter la quantité d’azote dans le sol. Une partie de cette luzerne est fauchée et commercialisée auprès des éleveurs qui manquent de fourrage en période sèche. Nous remarquons que de nombreuses vignes sont menées sur des fils tendus sur des supports en « Y ». C’est probablement pour les raisins destinés à être séchés — ils ne doivent pas être brûlés par le soleil et les grappes doivent dont être recouvertes par une canopée de feuilles.

Vignes à la sortie de Kakamas

Nous passons à quelques kilomètres de la centrale solaire Khi Solar One où 4 000 héliostats, soit une surface de presque 5 hectares de miroirs sur une surface totale de 140 hectares concentre la chaleur sur une chaudière à pression en haut d’une tour de 205 mètres. Cette centrale produit 50 MW. Elle fait partie d’un plan de développement des énergies renouvelables dans lequel le gouvernement s’est engagé à reculons, privilégiant à la place le charbon et envisageant de construire de nouvelles centrales nucléaires.

Centrale solaire Khi Solar One

Quelques centaines de kilomètres plus loin, fatigués de la route, alors que le soleil menace de se coucher, nous commençons à nous inquiéter de savoir où nous allons nous arrêter pour la nuit et manger. La seule ville qui se profile à l’horizon est Prieska, une petite ville de 14 000 habitants, à 240 km au sud ouest de Kimberley, écrasée de soleil où il ne semble pas y avoir de plan d’urbanisme et où le tourisme et les touristes sont totalement absents. Aucun de nos guides ne mentionne la ville et seul Wikipedia donne quelques indications sur le coin.

Appelée à l’origine, Prieschap, qui veut dire dans la langue des Khoi : « l’endroit où se trouvent les brebis égarées », la ville était le lieu de rassemblement des éleveurs quand les bassins ou dépressions normalement sèches étaient innondées. Aujourd’hui la ville vit essentiellement de son agriculture irriguée sur environ 6 850 hectares produisant, du blé, du maïs, des pistaches, des olives, des figues et noix de pécan. Mais la ville est aussi renommée à cause de la production minière d’une pierre semi-précieuse, le Tiger’s Eye, encore aujourd’hui exploitée commercialement, une pierre sensée outre son aspect plaisant au regard avoir toutes sortes de vertus. Je n’ai pas essayé…

Ayant fait plusieurs fois le tour de la ville, passé deux ou trois fois devant le supermarché Spar en train de fermer avec son attroupement habituel à l’extérieur de personnes plus ou moins alcoolisées, nous suivons une rue indiquant deux « guest-houses », ou pensions de familles. La première semble ou fermée depuis longtemps ou pas encore ouverte. Nous nous garons en face de la seconde ; au nom ronflant de Gariep Country Lodge. Comme cela arrive souvent ici, personne pour nous ouvrir la porte, car ils n’habitent pas sur place, juste un interphone et une personne qui nous indique qu’ils arrivent pour nous recevoir. On ne va pas faire les difficiles à cette heure-ci dans ce trou, donc nous prenons la chambre qui nous est dévolue, qui pourtant sent le tabac refroidi et aurait besoin d’un peu d’aération. Toute la maison, quasiment vide, est d’une tristesse indicible aux couleurs hésitant entre le beige et le marron. L’avantage est qu’on dispose d’une cuisine commune équipée et qu’il y a aussi un barbecue dans le jardin. Une fois enregistrés pour la chambre avec petit déjeuner, nous ressortons partir à la recherche d’un resto mais il fait déjà nuit noire et on a beau tourner et retourner dans tous les sens, pas le moindre café en vue et il est très difficile de se repérer dans des rues pas du tout éclairées où il faut quand même faire attention aux personnes qui déambulent de chaque côté ou traversent un joint à la main en regardant ces deux blancs paumés d’un air amusé.

Marco Kafee à Prieska

Et c’est finalement au Marco Kaffee que nous allons tenter notre chance. Personne à l’extérieur et nous garons la voiture au plus prêt par précaution. Notre arrivée fait sensation. On ne doit probablement pas voir beaucoup de blancs s’aventurer dans un tel endroit et encore moins de touristes. En réalité il ne s’agit ni d’un café ni d’un restaurant. La pièce principale ressemble à une sorte de supérette où l’on peut trouver essentiellement des conserves, des biscuits et quelques légumes rabougris avec une sorte de comptoir où l’on peut commander des plats tout préparés. Pour nous aider dans notre choix il suffit de regarder les photos des diverses variations sur les plats de saucisses, burger et frites, avec comble de sophistication quelques plats au curry et du fish and chips. François plus aventureux choisit le curry, moi le fish and chips. François pense que plus c’est épicé, plus sûr c’est, et qu’un fish’n’chips fait dans une usine puis transporté dans cette échoppe où il a attendu le chaland pendant un certain temps voire un temps certain, risque d’être indigeste… La gamine noire qui nous sert prend les choses en mains, fière de nous concocter ces spécialités par un passage obligé au micro-ondes pendant que la patronne afrikaner (blanche) nous observe. Lorsque tout fut prêt, on ajoutât quelques provisions sur le comptoir, glanées côté supérette, dont du pain de mie en tranches sous plastique. La patronne enregistre les produits mais arrivée au pain, s’affole car il a passé sa date de péremption et du coup va nous en chercher un autre de plus récent sur les étagères avant de replacer l’autre au même endroit. Nous en concluons, que c’est toujours bon à vendre pour les noirs qui fréquentent l’endroit ! Finalement submergée par l’émotion la patronne et son fils laissent les rennes de la caisse à la gamine noire pour prendre notre argent et nous repartons avec nos sacs bien graisseux pour notre gite.

Maintenant prêts à tout avaler, nous ouvrons nos sacs dans la cuisine partagée, suintant la graisse mais au moins rangée et équipée du nécessaire en couverts et assiettes. Un pensionnaire noir fait une entrée rapide dans la cuisine répondant à peine à notre salut pour s’esquiver tout aussi rapidement. Décidément cet endroit ne respire pas beaucoup la convivialité. Mais peu importe, on n’est pas là pour longtemps et nous sommes suffisamment fatigués pour dormir et nous reposer afin d’affronter encore une nouvelle journée de route demain jusqu’à Queenstown.

P.-S.

Pour celles ou ceux qui auraient raté un épisode :

  • le prologue est ici
  • le chapitre 1 « Des oranges et des citrons » est ici
  • le chapitre 2 « Des fleurs, encore des fleurs… et des diamants » est ici
  • et le chapitre 3 « Misère du diamant, silence du désert » est .

info portfolio

Nid de Républicains sociaux Cimetière près d'Elliot Maisons typiques de la Wild Coast

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017