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Flics dans la rue. La percutante réponse à l’insoumis Mélenchon…

La police est républicaine, l’injustice sociale aussi.

Article paru dans Quartiers libres le 27/10/2016

https://quartierslibres.wordpress.com/2016/10/27/la-police-est-republicaine-linjustice-sociale-aussi/

Soucieux de plaire au plus grand nombre et de faire passer leur discours dans le consensus pro-flic ambiant, certains leaders de gauche nous expliquent que la police est « républicaine », qu’elle a raison de se mettre en colère et qu’il ne faudrait pas avoir peur de cette révolte en la qualifiant de réactionnaire ou de fasciste.

La dernière intervention de « l’insoumis Mélenchon » est l’exemple même de cette pensée de gauche républicaine qui se résume ainsi : la police est utilisée à mauvais escient de manière politique par un gouvernement qui lui demande de réprimer. Si un pouvoir soucieux du bien-être des gens dirigeait cette police, on pourrait vivre en harmonie avec elle.

Le raisonnement se tient… sauf que l’hypothèse sur laquelle il se base est que la majorité des policiers aurait été forcée par des décisions politiques à se comporter comme des gros dégoûtants tout au long de leur carrière, en marchant sur la tête des plus faibles, en gazant, mutilant les manifestants contre la loi « travaille ! » et en tuant régulièrement dans nos quartiers populaires.

Le fondement repose donc sur la présumée discipline du policier républicain qui ne peut sortir de son devoir de réserve et mettre la crosse en l’air, c’est à dire refuser de latter un gréviste au sol, renoncer à balancer une grenade de désencerclement gratuitement sur un journaliste, s’opposer à effectuer des contrôles au faciès ou neutraliser un « suspect » en l’étouffant : c’est bien connu, le policer est tenu par des règles professionnelles qui l’obligent à faire tout cela. L’individu policier n’est donc maître de rien. Il obéit aux ordres.

C’est justement là que le bât blesse, dans cette pensée de l’idéalisme républicain.

Aujourd’hui des policiers se révoltent contre leurs chefs administratif et politiques. Ils font la démonstration que leur révolte est possible et ils le font de manière dure et violente. Ils sont cagoulés, armés dans la rue. Ils exercent un rapport de force avec leur hiérarchie qui laissent songeur les salariés d’Air France, les Goodyears et autres grévistes…

Avec un peu d’ironie, on pourrait souligner le fait que pour se faire entendre et respecter dans une démocratie comme la France il suffit de sortir enfouraillés et cagoulés à 2 000 dans les rues de Paname pour obtenir un rendez-vous avec le Président de la République. De quoi faire réfléchir les centrales syndicales qui en mettant plusieurs millions de grévistes dans la rue n’ont droit qu’à une audience avec un sous-fifre… et un 49.3 au passage.

Le policier « républicain » peut donc sortir de sa réserve de manière séditieuse.

Une fois ce fait constaté, reste à savoir ce qu’il demande ce brave policier en colère ? Il demande à ne plus obéir aux ordres inhumains quant à la gestion des mouvements sociaux, aux traitements injustes qu’on lui ordonne de faire subir aux classes populaires ?

Non. Il veut juste les mains libres pour cogner plus fort en toute impunité et avec des encouragements en primes de fin de mois.

Et pour se faire bien comprendre, il manifeste dans les beaux quartiers comme un acte de soumission à ses vrais maîtres, auxquels il demande qu’on lui lâche la bride. Les bons gros riches les accueillent dans leurs rues, coupe de champagne à la main comme pour saluer leur soudards avant de les envoyer au charbon pour pressurer les classes populaires.

La partie de la gauche qui se berce encore d’idéaux républicains ferait bien de se rappeler que la police française à contribuer à tous les changements de régime vers la droite au nom de l’ordre « républicain ».

La police n’est pas républicaine. La police est un outil de contrôle social. La crise économique accentue les tensions et même si les policiers subissent beaucoup moins de violences qu’au siècle dernier, ils ressentent le besoin de ne plus avoir de limites légales dans leur manière de travailler. Leur sensibilité est heurté par le fait qu’on puisse remettre en question le bien fondé de leurs méthodes. Un maintien d’ordre arbitraire, dur, violent. Un État dans l’État, ou plutôt le seul pan de l’État resté nécessaire aux libéraux quand ils ont décidé de tout privatiser.

Étant donné la fréquence des crises économiques que génère le capitalisme qui se répercutent en crises politiques et sociales, les classes dominantes ont tout intérêt à laisser le pouvoir aux policiers. Il n’y a pas d’alternative : c’est marche ou crève. Et comme ça s’agite et conteste dans le peuple, il faut décourager les révoltes par tous les moyens répressifs possibles.

La loi du plus fort est toujours la meilleure : tel est le fondement idéologique des millionnaires qui dirigent l’économie française. Ils partagent cette vision du monde avec les policiers qui réclament les pleins pouvoirs pour faire régner « leur ordre ».

La police qui défile dans les rues n’est pas « républicaine ». Elle ne défend pas l’intérêt commun ou celui du plus grand nombre. Elle réclame une impunité totale dans sa manière faire régner l’ordre social injuste. Les policiers cagoulés dans la rue sont en train d’emporter le morceau face à une gauche qui refuse de les affronter idéologiquement et préfère essayer de les amadouer avec un discours républicain hors-sol. L’histoire de la Police en France ne plaide pas pour que des dirigeants de gauche (même modérés) puissent lui accorder de la confiance. Les médias privés (financés par ceux qui trinquent aux manifs de flics) accompagnent le mouvement en nous vendant la fable républicaine du policier en colère pour nous faire accepter la férocité des répressions policières qui débordent de plus en plus souvent largement au-delà de nos quartiers populaires.


Point de vue : de l’urgence de s’émanciper de toute allégeance à l’État républicain et donc du projet politique de Jean-Luc Mélenchon…

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Point de vue paru sur le blog du NPA 34
http://npaherault.blogspot.fr/2016/10/flics-dans-la-rue-la-percutante-reponse.html#more

Il n’y a pas grand chose à ajouter à l’article ci-dessus qui, ironie des polysémies lexicales, tape fort, tape juste sur cette question surmédiatisée, paradoxalement dépolitisée et (re)politisée, des flics et leurs mérites, leur malheur, leurs souffrances. Pas grand chose à ajouter ? Si, ceci encore…

On ne niera pas que le « bon » gardien de la paix (sic), soucieux de son prochain, du bon fonctionnement de « la » République, aimante à égalité, liberté, fraternité de tous ses citoyens (femmes comprises), participe de ce grand défoulement de rue qui nous est infligé actuellement...après que, tout récemment, un autre défoulement, matraque au poing et gazeuse en main, nous en eut mis plein les yeux (jusqu’à l’énucléation de certain-es) et meurtri quelques autres parties de nos corps. Ce ne seraient pas les mêmes flics… ? Mais, à écouter Jean-Luc Mélenchon (cf. cette vidéo : http://melenchon.fr/2016/10/21/a-propos-manifestations-de-policiers/), il n’y aurait tout simplement pas de méchants flics. Au nom d’un éloge de la complexité, détaché des simplismes binaires (méchants flics/gentil-les manifestant•e•s), véritable tarte à la crème des négateurs d’une lutte des classes pourtant toujours plus férocement assumée par ceux/celles d’en face, d’en haut et portée à incandescence par une police en voie de militarisation, il nous faudrait étonnamment céder au monisme béat des bons flics et du bon État républicain que, revoilà le dualisme et ses simplistes binarités, seul un mauvais gouvernement ferait dérailler… ! Les lunettes mélenchoniennes voient la République et son précieux outil étatique, policier en l’occurrence (ou militaire), toujours bons dans leur essence...Comme si historiquement (et la complexité, bordel !), ladite République ne s’était pas consolidée comme bourgeoise jusqu’à massacrer ici (la Commune vous salue bien) et là-bas (les colonies) le bon peuple. Comme si, en quelque sorte, elle ne s’était pas délivrée de l’élan révolutionnaire initial (1789), retournée contre lui et ceux et celles qui voulaient le poursuivre, en institutionnalisant une nouvelle alliance de classe stricto sensu antipopulaire ! Comme si, à contre-coeur et seulement au vu du rapport des forces issu de la Libération, elle n’avait pas fait autre chose que composer pour sauver l’essentiel, son pouvoir, en concédant un État providence dont nous voyons aujourd’hui qu’il n’était que de circonstance.

Le bon flic donc… En concédant qu’il existerait à l’état pur de son dévouement total à la cause républicaine fantasmée du bien commun, on rappellera à Jean-Luc Mélenchon qu’il est introuvable en ce moment d’occupation fliquée des rues ! Plus clairement dit : ou il se tait dans son coin (de commissariat) [1] ou il défile, plutôt en retrait, en laissant les grandes gueules, mais, attention, cagoulées (l’audace des mentons hauts a ses limites), occuper les premiers rangs des manifestations ! Dans les deux cas, par soumission silencieuse au cours des choses, ou par approbation tacite, semi-tacite mais, qui, sait, au fond, probablement pleinement en accord, sans l’audace des « meneurs », avec les revendications portées par ceux-ci, il cautionne clairement une… unité de corps, celui de « la » police, pour réclamer l’aggravation de ce qui est la réalité des mutations en cours : le renforcement de l’État policier que Jean-Luc Mélenchon élude et nie grossièrement. Il suffit pourtant, pour en prendre la mesure, de lire dans le cahier de revendications en bleu-policier, la place centrale qu’occupent l’exigence d’une plus grande liberté (au degré zéro de l’égalité et de la fraternité) de faire feu, de plus d’armes « efficaces » qui donc blesseront et tueront plus qu’il n’est déjà fait, d’alourdissement des condamnations prononcées par les tribunaux dont pourtant il est avéré qu’ils ont, lors des récentes manifestations populaires, cédé aux pires extravagances répressives… Il y a appel à mettre en branle donc une redoutable double mécanique articulée d’un maximum d’impunité policière et d’un minimum de protection juridique des gens du commun sans même l’expression minimale d’une préoccupation en faveur d’une politique dite sociale, d’égalité et de justice, permettant aux plus démuni•e•s de croire à nouveau en cette autre tarte à la crème républicaniste de « l’ascenseur social ». Toutes choses qui pourtant allègeraient les « bleus » du… fardeau d’avoir à réprimer jusqu’à plus soif.

Ce mouvement des policier•e•s, en consonance directe avec la logique de classes de la mondialisation capitaliste, est intrinsèquement asocial (autant qu’antisocial) et participe clairement de la reconfiguration de l’ensemble de l’appareil d’État ciblant toujours plus méchamment les déviances à neutraliser, les populations à mater : avec la particularité que le constant harcèlement policier qui était déjà dédié aux quartiers populaires, ouvertement considérés comme irrécupérables par les dynamiques de ladite mondialisation libérale, est désormais élargi à l’ensemble des salariés et autres couches sociales extérieures à ces quartiers mais aussi rétives, cela s’est révélé ces derniers mois, à se soumettre à l’ordre capitaliste. On l’a vu avec le déploiement d’une violence inédite qui s’est abattue sur les opposant•e•s à la loi « travail » et avec les procédures judiciaires enclenchées à l’encontre de salarié•e•s (entre autres manifestant•e•s), spécialement des syndicalistes ! Tout discours sur le « service public » de la police est par là mystificateur de l’actuelle réalité policière mais aussi des possibilités qu’il y aurait actuellement à récupérer un « service policier à rendre au public » : « la police » n’en a tout simplement pas cure !

À l’effet conjugué, d’une part, de la pérennisation d’un état d’urgence généralisant les alarmes antiterroristes à tout trouble à l’ordre social et, d’autre part, du recours au 49.3 comme forme de gouvernement émancipé des faux semblants de la démocratie représentative, se surajoute une « policiarisation » de la politique, prélude à une « policiarisation » de la société, dont la mobilisation de rue actuelle témoigne qu’elle est appelée à s’accentuer. En somme, en logique profonde et autonome, échappant même à ce qu’expriment et revendiquent immédiatement les policier•e•s, c’est en fait un véritable corps étatique, à qui il vient pourtant d’être reconnu un rôle politique central, qui significativement se tourne, par-dessus sa hiérarchie, directement vers le pouvoir, vers le gouvernement, pour exiger que celui-ci dégage les moyens nécessaires à l’exercice de ces nouvelles missions ! Ce rapport d’interpellation directe (par l’action directe de rue parodiant les postures des « autonomes » !) du gouvernement par « sa » police, dit bien la vérité de la situation, tellement criante qu’elle en aveugle Jean-Luc Mélenchon, celle d’une police qu’on politise et qui en redemande sur ce même terrain grisant car, quoique en disent certain•e•s, instaurant une promotion de ses membres en les plaçant au cœur des procédures politiques. Promotion qui, pour être gratifiante, doit sortir de l’actuel bricolage des missions policières-politiques élargies mais (austérité oblige !) dépourvues des moyens afférents, pour entrer de plain-pied dans l’ère militaro-industrielle du répressif high tech… On comprendra que dans cette dynamique, si la partie, la police, joue le rôle de révélateur du tout, l’État, c’est celui-ci qui doit concentrer notre préoccupation : se positionner nécessairement contre l’actuel mouvement des policiers n’a de sens que si l’on comprend que c’est le tournant toujours plus policier de l’Etat qui est l’enjeu de la situation. Tout à l’envers de ce que fait le héraut de la VIe république qui, par cet envers loufoque, balise aussi, à sa façon, « de gauche », le même chemin que tracent les Hollande, Valls, eux-mêmes à la suite de Sarkozy et sa bande de… concurrents primaires : celui du… désarmement politique de la riposte à ce qui se dessine toujours plus, grâce à eux, comme une marche vers la lepénisation de l’État ! Précision : par cette expression de « lepénisation », il n’est pas signifié ici qu’un processus de fascisation de l’Etat soit en cours. Ce point ne peut pas être précisé dans les limites de ce billet, il le sera ailleurs dès que possible.

Le discours mélenchonien compréhensif envers le mouvement des policier•e•s [2]
est non seulement aberrant, à côté de la plaque, mais, conformément à ce qui vient d’être évoqué, extrêmement dangereux. Aberrant car il ne prend pas en considération que ce mouvement, malgré toutes ses hétérogénéités internes, est unifié par le discours de la nécessité de plus d’État policier, donc nécessairement plus de pouvoirs répressifs antipopulaires, plus de restrictions des libertés. Dangereux car la référence à une République fantasmée de la liberté-égalité-fraternité des citoyen•ne•s, n’est pas seulement une vaste escroquerie, elle est plus sérieusement un accompagnement de « gauche » de l’extrême droitisation du corps policier par l’incroyable déni (refoulement) que l’idéologie hyper-sécuritaire du FN en soit le moteur comme elle est le moteur du déplacement à l’extrême droite de tout l’échiquier politique institutionnel (cf., entre autres méfaits, la tentative de légiférer sur la déchéance de nationalité). Déplacement dont, il faut se rendre à l’évidence, ne sort pas indemne Jean-Luc Mélenchon lui-même, sans que l’on puisse pour autant parler de son extrême droitisation : contentons-nous de constater qu’il se montre compréhensif de certaines des expressions de ce processus politique et social ! Et cela suffit à dire la gravité et l’inconséquence d’une telle attitude se réclamant de la gauche, qui plus est, de rupture !

Il faut, au demeurant, relever que, chez notre homme, la traditionnelle référence admirative à ce grand serviteur de l’État bourgeois, un temps (électoraliste) dénonciateur du « coup d’Etat permanent » qu’était la Ve République, que fut François Mitterrand (Mélenchon : « Ne pas avoir ma dose de Mitterrand, c’était terrible »), et à l’État républicain bleu-blanc-rouge, intrinsèquement (a-historiquement) conçu bon, se voit aujourd’hui lestée d’une inquiétante série de « touches » politiques clairement marquées très à droite comme cette allusion, à résonance pour le coup indéniablement lepéniste, aux travailleurs détachés qui viendraient « voler le pain » des travailleurs en place (lire le blog d’Antoine sur Mediapart ici) ou, dans le contexte scandaleux du sort fait aux migrant•e•s, cette concession, adressée aux extrême-droitisé•e•s, que quelques milliers de personnes sur les quelque 66 millions que nous sommes « en France », ne devraient pas bénéficier de la totale liberté (égalité-fraternité) de circulation et/ou d’installation (Voir sur le blog de Bernard Fischer Ensemble contre Mélenchon).

On notera, pour finir, qu’il est plus que navrant de voir nombre d’« insoumis-es » se soumettre à leur chef, « prendre sa défense » au prétexte que ce ne seraient là que des phrases sorties de leur contexte et donc un faux procès opposé à la seule chance que l’on aurait de pouvoir « voter à gauche » et donc, électoralisme oblige, de changer la face du monde, pardon, d’abord et avant tout celle de « la France » (dont il saute aux yeux que son prestige irradie universellement malgré les Hollande, Valls, Sarkozy, Le Pen ! Et grâce à Jean-Luc M, en dépit de ces quelques phrases ou positionnements pointés par nos soins qui font pont avec les précédents !).

Cette soumission « citoyenne » aux dérives du « grand républicain » négateur de la nature de classe de l’État, dérives électoralistes vers un électorat populaire qui se fourvoierait vers l’extrême droite et qu’il faudrait se gagner à coups de grands clins d’oeil adressés à ses phobies anti-immigré•e•s et xénophobes, cette soumission donc participe, bouclons la boucle mélenchonienne, de la bienveillance dont avait, « malgré tout », bénéficié François Mitterrand en tant que seul à même de relancer une gauche naufragée : qu’il en ait profité pour gagner cette « gauche » à la défense de l’ordre bourgeois, tant à l’époque de la IVe République qu’à celle de la Ve à laquelle il a fait allégeance autour de l’axe proeuropéen capitaliste constitué par Rocard et Delors, devrait alerter les complaisants envers le mélenchonisme, ce mitterrandisme ! Mitterrandisme dont nous devrions retenir en effet qu’avant d’être un système d’idées, par ailleurs plus que discutables, il est surtout un schéma de rapport au pouvoir autorisant à inverser ses polarités politiques au nom du supposé intérêt général jusqu’à lui faire assumer les postulats sociaux-libéraux de son ennemi juré, le rocardisme. Et c’est sur ce point d’ancrage fort du mitterrandisme que se place foncièrement Jean-Luc Mélenchon, comme le révèle avec éclat sa prise de position étatiste-républicaniste devant le mouvement des policier•e•s.

Voilà par où l’on devrait assumer que le mitterrrandisme et le républicanisme, décroché du primat du social, le tout travaillé par un essentiel électoralisme, sont tout sauf d’anecdotiques inconséquences, des résidus d’un passé personnel qui serait foncièrement révolu, dans le positionnement de Jean-Luc Mélenchon [3] : ils sont d’essentiels noyaux politiques de cohérence qui, jusque là tactiquement mis en sourdine, tendent à s’exprimer de plus en plus ouvertement et préparent tous les retournements possibles au nom de l’intérêt général, supérieur, celui de « la » nation, celui de « la » République contre ce qui, dans l’expression des « égoïsmes » sectoriels de la société (ceux des salarié-es par exemple !), pourrait les menacer. À ce titre l’acritique défense aujourd’hui, par Jean-Luc Mélenchon, de la mobilisation des policier•e•s « ensauvagé•e•s » dans la rue en dit long sur ce syndrome de la priorité accordée par lui à la logique de l’État ! Et sur le danger qu’il y aurait à minimiser ce coeur d’idéologie au nom de tout ce qui, dans le programme de l’insoumission mélenchonienne, garderait quelque chose à voir, au demeurant sans jamais contester décisivement les bases sociales et économiques du système, avec la « gauche » (à propos, la gauche, c’est quoi SVP ?). C’est une chose qu’il ne soit pas facile de trouver l’alternative à un mélenchonisme brouillant les pistes de l’émancipation, quoique la mobilisation contre la loi « travail » ait quelque peu déblayé le terrain politique, sans déboucher certes sur des réponses formalisées. Ce n’est pas une raison pour répéter la faute que fut, en son temps, l’alignement sur Mitterrand : ne l’oublions pas, le délabrement politique actuel « à gauche » lui doit beaucoup. On ne va pas remettre cela avec un de ses épigones, non ?

Flic Flac [4]

Notes

[1A-t-il jamais protesté, si l’on excepte quelques cas comme celui de la CGT Police de Paris ou celle des Bouches du Rhône (cliquer ici), contre ce que ses collègues CRS et autres violents de la BAC ont fait aux manifestant-es opposé-es à la loi « travail » ?

[2Des flics cagoulés défilant, de nuit, dans la rue, c’est, selon Jean-Luc Mélenchon, champion de l’euphémisation politique, « surprenant », voire « inouï », mais, comme chez n’importe quelle infirmière hospitalière ou n’importe quel prof, cela n’est que l’expression du ras-le-bol des fonctionnaires accablé•e•s, épuisé•e•s par la démission de l’État vis-à-vis de ses obligations de service public ! Ces policier•e•s qui demandent plus de moyens pour réprimer mieux, mais JLM se garde bien d’évoquer le contenu précis de ces revendications, sont crédité•e•s par lui d’être républicain•e•s. C’est dire la république que défend notre homme. Tout au plus certains usages de la force seraient disproportionnés mais la responsabilité en incomberait aux seuls donneurs d’ordre du gouvernement. Peu lui chaut que ces manifestants policiers demandent à ce gouvernement d’accentuer la politique policière, devenue politique sociale antisociale, qu’il construit !

La réalité de cette fonction politique de la police, quintessence de la Ve République, que les manifestant•e•s entérinent et dont ils/elles demandent qu’elle soit développée, gêne le discours électoral(iste) du partisan de la VIe République prétendant inaugurer la grande rupture ? Qu’à cela ne tienne, il (ré)invente le mythe du flic républicain à qui l’on doit absolue compréhension pour son dévouement à la cause républicaine qui serait la cause du bien-être pour tous et toutes. Absolue… comme la soumission à « l’insoumission » mélenchoniennne telle qu’elle est en sa vérité totale dont un pan obscur vient de s’illuminer comme jamais…

[3À lire sur le rapport de Mélenchon à Mitterrand : Mitterrand et le tournant libéral : y avait-il une alternative ?. En introduction de cet article : « S’attachant à tirer un bilan “raisonné et positif” de la présidence de Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon va jusqu’à défendre le “tournant de la rigueur” comme inévitable dans le contexte de l’époque. Une autre voie était pourtant possible. » Et en conclusion du même article : « Mitterrand qui, en 1978, voulait “l’Europe des travailleurs, contre l’Europe marchande, l’Europe des profits, l’Europe des grandes affaires”, comprend qu’il va falloir choisir : “Je suis partagé entre deux ambitions : celle de la construction de l’Europe et celle de la justice sociale”, confie-t-il en 1983 à Attali. Il y avait donc bien une alternative. Et il a tranché. » Contre « la justice sociale ».

[4Onomatopée. S’emploie pour transcrire le bruit répété d’un liquide, d’un objet flexible qui en frappe un autre (fouet, gifle, etc.).

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017