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Les « rôles positifs » de la colonisation : décryptage d’un mensonge

Les colonialistes ont l’habitude de dire que eux nous ont fait entrer dans l’histoire. Nous démontrerons aujourd’hui que non : ils nous ont fait sortir de l’histoire, de notre propre histoire, pour les suivre dans leur train, à la dernière place, dans le train de leur histoire

Amilcar Cabral, père de l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap Vert.

10 Février 2005. Sous la présidence de Jacques Chirac, une loi est votée au parlement français et a pour but d’insérer dans les programmes scolaires la reconnaissance du « rôle positif » de la colonisation. Devant le tollé suscité, la loi est abrogée un an plus tard. Les enquêtes d’opinion ont montré que 2/3 des Français pensaient que la colonisation fut positive. Au Royaume-Uni, 44 % des Britanniques sont fiers de leur passé colonial contre 21 % qui le regrettent d’après YouGov en 2016.

En Août 2016, l’ancien premier ministre français François Fillon dit, arrogamment, que la colonisation a permis à la France de « partager sa culture » avec les colonisés. Le premier ministre britannique Cameron montrera son refus de s’excuser pour le passé impérialiste de son pays.

En Afrique, même sans enquête, on peut affirmer qu’il est admis que la colonisation fut une bonne chose. Le discours sur le rôle émancipateur de l’occupation européenne est accepté, même si on rejette la main mise économique d’aujourd’hui. Les Africains se disent que vu l’arriération dans laquelle ils étaient avant l’arrivée des Blancs, s’il y a eu quelques crimes pendant la colonisation, c’était là un mal nécessaire pour exorciser l’homme noir de son infériorité. L’Européen aurait fait descendre l’homme noir de ses lianes sur lesquelles il se balançait depuis la nuit des temps. Les Africains comme les Européens pensent que l’Europe a sorti l’Afrique de sa sauvagerie naturelle, l’a sauvée de sa barbarie, lui a permis d’entrer dans l’histoire, la modernité. En gros, la « mission civilisatrice » de l’Occident est un fait historique entérinée. Les Africains discutent même pour savoir si la colonisation britannique fut meilleure que la colonisation française.

Quelle est donc la pertinence et la vérité du discours civilisateur dont se vante l’Occident et devant lequel s’inclinent les Africains ? Peut-on parler de rôles positifs de la colonisation ? Comment est-ce que nous Africains devons percevoir le passé colonial ? Sur ce sujet historique et son interprétation, nous allons essayer de vous dire, avec une perspective historique complète, quel fut la réalité. Cet article est dédié à nos ancêtres qui ont vécu la colonisation.

Le rôle civilisateur des Africains sur le monde

Dès qu’on remonte dans l’histoire, la vraie histoire, on se rend compte que le discours occidental sur la colonisation butte sur un obstacle majeur : à savoir que l’Europe — hormis Océanie — est le dernier continent à avoir connu une civilisation majeure. S’il y a bien un peuple qui doit être considéré comme civilisateur de l’humanité, ce sont les Noirs d’Afrique. Les sciences ont germé et sont nées en Afrique australe et dans les grands Lacs [1] à l’aube même de l’humanité. C’est pourquoi la civilisation noire d’Égypte [2] fut la première civilisation monumentale de l’histoire de l’humanité et dont le début des grandes constructions commença il y a 7 à 17 000 ans.

Ce sont des Noirs partis d’Afrique qui à leur tour ont fondé la première civilisation majeure d’Asie, en Inde-Pakistan, ce fut celle de la vallée de l’Indus dont l’apogée commença il y a 4200 ans. Les Amérindiens ont connu leur première civilisation monumentale il y a près de 4 600 ans. Le rôle très important des Africains dans les civilisations Olmèque [3] et Maya [4] en Amérique ne fait, au vu des découvertes archéologiques, plus de doute. Ce sont des Noirs d’Afrique installés au Proche-Orient, dit Cananéens ou Phéniciens, qui ont fait entrer l’Europe dans l’histoire [5] en introduisant l’écriture en Grèce il y a 3500 ans. Tous les célèbres savants grecs (Pythagore, Thalès, Archimède, Platon, etc.) ont été instruits en Afrique où ils ont appris les théorèmes et concepts philosophiques égyptiens dont on leur attribue la paternité aujourd’hui. La civilisation romaine est née grâce à l’apport des Étrusques, un peuple ayant acquis ses connaissances architecturales en Égypte.

L’Europe et l’homme blanc ne peuvent donc pas avoir eu de mission civilisatrice sur quoi que ce soit, vu qu’ils sont derniers à avoir reçu la civilisation, vu que pendant que les Africains construisaient des pyramides et allaient en Amérique, ils se tapaient dessus dans des grottes avec des gourdins. On demande donc aux Européens : est-ce qu’on civilise les civilisateurs de l’humanité ?

L’Afrique avant les Blancs

À la lecture de ce qui précède, on pourrait avancer que l’Afrique a probablement décliné après l’Égypte, est tombée dans la barbarie et que l’Europe malgré tout est venue la sortir de cette situation. Les faits historiques disent tout le contraire. Au 14e siècle, avant le contact avec l’Europe à travers l’esclavage, l’Afrique était probablement le continent le plus riche au monde. C’est une Afrique matériellement opulente et civilisée que les Européens sont venus trouver au 15e siècle. Sans avoir été absolument parfaite, l’Afrique — avant les Blancs et hors influence arabe — était une société sans système esclavagiste [6], avec complémentarité et égalité entre la femme et l’homme [7], ne connaissant quasiment pas la famine, où tout le monde avait un toit [8], où la paix régnait, où les guerres faisaient couler le minimum de sang possible [9], et où les rois gouvernaient pour le bien de leurs peuples [10].

Mais fait plus important encore c’est que la civilisation la plus importante en Europe à cette époque était la civilisation maure en Espagne et au Portugal [11]. Elle fut le fait des Noirs berbères du Maghreb dit Maures ou Sarrasins et des Arabes. L’Europe étant retombée dans un état semi-barbare et de pauvreté aggravée après la chute de la civilisation romaine, ce sont les Africains qui l’ont recivilisée. La civilisation maure est à l’origine de la fameuse renaissance européenne. Non seulement à la veille de la traite négrière donc l’Afrique était immensément riche et l’Europe très pauvre, mais cette même Afrique — avec les Arabes — civilisait encore l’Europe.

À ce stade, on se demande encore : de quelle mission civilisatrice les Européens parlent-ils ?

La traite négrière européenne et la destruction de l’Afrique

On ne le dira jamais assez, c’est le terrorisme de la traite européenne qui a mis un terme à l’histoire glorieuse de l’Afrique. Tel l’État Islamique, les esclavagistes européens, envoyés par le Vatican, détruisaient chaque civilisation africaine [12] qu’ils croisaient et massacraient des peuples entiers afin de capturer ceux qui allaient être mis en esclavage pour produire le sucre et le café dont raffolait l’Europe renaissante, au nom de Jésus Christ.

L’Afrique a décliné en raison de la venue des Européens avec leurs armes à feux, c’est un fait historique irréfutable. Ces 350 ans de terrorisme associé à celui des esclavagistes arabes sont la cause du déclin de l’Afrique. 400 à 600 millions de pertes humaines africaines [13] sont à dénombrer pendant cette période, soit 66 à 75 % de la population. C’est le plus grand crime de l’histoire de l’humanité.

Si l’Europe a donc détruit l’Afrique pendant la traite, comment peut-elle dire qu’elle lui a apporté quelque chose en la colonisant ? C’est donc pourquoi il faut répondre à la question suivante :

Que fut exactement la colonisation ?

La motivation des colonialistes fut la même que celle des esclavagistes, à savoir l’enrichissement, doublée ici du besoin de suprématie raciale et culturelle. Après l’apocalypse de la traite, c’est une Afrique agonisante que les Européens sont venus conquérir.

La colonisation c’était l’esclavage

L’esclavage a continué en Afrique jusque dans les années 40 dans la plupart des cas, à travers le travail forcé. Les Angolais ont probablement expérimenté à cette époque la pire forme d’esclavage qui soit, vu que le maître portugais ne nourrissait pas l’esclave, qui mourrait d’épuisement et de faim après quelques semaines. Le maître commandait alors d’autres Noirs pour le remplacer. Tout simplement !

Des millions d’Africains, hommes, femmes et enfants, ont été soumis au travail forcé pendant l’occupation coloniale, fouettés, affamés, femmes et enfants pris en otage et affamés pour forcer les hommes à se rendre sur les lieux de travail forcé, où le taux de mortalité dépassait l’entendement. Lorsque les Africains mis en esclavage se rebellaient, les villages étaient brûles et les hommes décapités.

L’esclavage servait à l’extraction des ressources minières, à la production agricole et à la construction d’infrastructures pour acheminer toutes ces richesses vers les ports pour l’Europe. Les populations étaient rackettées et forcées de payer l’impôt colonial. Elles donnaient ainsi aux colons leurs propres produits agricoles, leurs bétails, et voyaient leurs terres arrachées, mourant elles mêmes de faim. Les villages qui refusaient de payer étaient brûlés et leurs guerriers massacrés. Le système immunitaire des Africains fut affaibli par la famine, les épidémies en tout genre se rependaient donc, faisant des hécatombes

L’historienne et géographe française Louise Marie Diop-Maes, qui a fait un travail titanesque sur les effets des deux traites et de la colonisation dans son ouvrage Afrique noire, sol, démographie et histoire, raconte l’esclavage en RD Congo « Aux premiers ordres de la récolte, les habitants avaient commencé par refuser, s’enfuir ou se cacher dans la brousse environnante et dans les grottes où « on les délogea à coups de grenade ». Pour intensifier la récolte , le travail de nuit fut imposé. Complètement découragés, épuisés, abêtis, les villageois ne plantèrent plus rien : la famine, les maladies (dont l’œdème des camps de concentration), la mort s’installèrent ; Des cadavres étaient déterrés pour être mangés. Les moins malades en vinrent à achever « les plus atteints pour les manger » ». [14]

La colonisation c’était le vol des richesses des Africains

Les abondantes richesses naturelles de l’Afrique ont été faites propriétés des Occidentaux. Notre pétrole, nos diamants, notre bauxite, notre uranium, notre fer, notre bois, notre cacao etc... appartenaient dès lors aux multinationales occidentales et ont enrichi l’Europe qui était déjà sortie de la pauvreté grâce aux bénéfices financiers gigantesques de la traite [15]. Les Africains ont-ils profité de l’exploitation de leurs ressources chez eux ? Chacun sait que non.

La colonisation c’était la ségrégation raciale

Le code de l’indigénat dans les colonies françaises, des lieux interdits aux Noirs dans les colonies britanniques, jusqu’à la politique d’apartheid des colons hollandais en Afrique du sud, les Africains ont été relégués chez eux au rang de sous-hommes, sans droit de vote, avec confiscation de terres et de biens, exclus de la gestion de leurs pays à moins d’être collaborateur zélé, un évolué comme on disait dans les colonies françaises. L’homme blanc était un dieu en Afrique pendant la colonisation.

La colonisation c’était l’aliénation culturelle et religieuse

Diabolisation des cultures et de la Religion Africaine, relégation des langues africaines au rang de dialectes, imposition du christianisme avec le blanc Jésus comme figure divine, blanchiment conséquent de l’image de Dieu dans l’inconscient africain et légitimation de la supériorité de l’homme blanc, falsification de l’histoire glorieuse de l’Afrique. Même nos ancêtres la colonisation nous a volés. Qu’est-ce qui reste quand on vous vole jusqu’à vos parents ?

La colonisation a savamment lavé les cerveaux des Africains, les faisant croire que leur héritage culturel est inférieur et diabolique, et que par conséquent s’ils veulent se sauver d’eux-mêmes ils doivent commettre un suicide identitaire pour entrer dans la modernité.

Les colons nous ont apporté l’anglais, le français et le portugais disent-ils. Langues présentées comme infiniment supérieures, seules permettant d’accéder à la connaissance. Ils oublient de dire que c’est dans une langue proche du Wolof et du Tshiluba que les Grecs ont reçus les sciences et même la religion en Egypte. Les colons nous ont apporté l’art de se tenir, d’avoir de l’élégance etc... Ils oublient de dire que c’est un Noir d’Irak, Ziryab [16], qui a introduit l’art de la table en Europe pendant la civilisation maure.

Ils nous ont apporté l’écriture, les sciences... que nous leur avons
appris avec le contact égypto-phénicien, et oublient de dire qu’il y
a des systèmes d’écriture qui ont subsisté jusqu’à nos jours en
Afrique [17]. Ils nous ont fait connaître Dieu... alors que chaque fois
qu’ils finissent de prier, ils prononcent le nom de notre Dieu noir en disant Amen… [18]

La colonisation c’était des crimes

Si beaucoup d’Africains pensent que la colonisation était positive, c’est parce qu’ils sous-estiment gravement, ignorants des faits, l’ampleur des crimes qui ont été commis. Voici des chiffres non exhaustifs :

  • La répression des indépendantistes kényans par les Anglais, 1952-1960 : 90 000 morts [19]
  • Le génocide namibien par les Allemands, 1904-1907 : 100 000 morts [20]
  • La famine dans le très fertile Ouganda sous occupation anglaise, 1918-1919 : 100 000 morts [21]]
  • La répression des indépendantistes camerounais par la France, 1955-1971 : 60 000 à 120 000 [22] morts
  • La répression des indépendantistes malgaches par la France, 1947-1949 : 89 000 à 200 000 morts [23]
  • L’épidémie de la maladie du sommeil en Ouganda sous occupation anglaise, 1906 : 200 000 morts [24]
  • La répression de la révolte Maji Maji par les Allemands en Tanzanie, 1905-1907 : 325 000 morts [25]
  • L’invasion coloniale de Madagascar par la France, 1894-1904 : 500 000 morts [26]
  • La politique esclavagiste du roi des belges Léopold II en RD Congo, 1890-1911 : 12 à 32 millions de morts [27]

Du début de la colonisation vers 1880 jusqu’en 1930, l’Afrique au sud du Sahara a connu 73 millions de pertes humaines supplémentaires à celles de l’esclavage. Vers 1930, la population africaine était presque éteinte. Les deux traites négrières et la colonisation ont donc réduit, directement et indirectement, la population africaine de 78 à 84 %. Il s’agit d’une extermination.

Qu’en est-il donc de toutes les infrastructures construites par les colons ?

On touche ici au cœur de la fierté des nations colonialistes et de leurs peuples. Regardez toutes ces routes, ces chemins de fer, ces bâtiments que nous vous avons laissés, nous disent-ils. On rappellera que l’Afrique était couverte de villes incroyablement organisées avant la traite européenne, et que les vestiges de nos prouesses architecturales passées sont là pour répondre aux allusions insultantes des nostalgiques de la colonisation.

Nous citons une nouvelle fois Louise Marie Diop-Maes qui disait

Les infrastructures laissées en Afrique par le colonisateur, dont on se gargarise, ont été conçues dans l’intérêt de l’occupant et réalisées par le travail forcé de la population réquisitionnée ou déportée. On ne peut donc pas dire que ça soit un don.

Traduction : ces fameuses infrastructures ont été faites avec le sang de nos ancêtres, pour la seule exploitation de l’Afrique par les colons et non pas par bonté pour les Africains.

On ajoutera que les Noirs, surtout africains-américains, ont participé à l’avènement de toutes les technologies nouvelles qu’on croit propres à l’Européen. Lewis Latiwer a co-inventé le téléphone et inventé l’ampoule de longue durée, Frederick Patterson et George Washington Carver ont participé à l’avènement et à l’amélioration de l’automobile, Granville Woods et William Burr le train, Frederick Jones a été pionnier dans le domaine de la réfrigération et de la climatisation, Alexander Miles l’ascenseur, Mark Dean l’ordinateur, Charles Drew a inventé la banque de sang, Gerald Lawson ainventé la console de jeux vidéos moderne, le ghanéen George Mensah a révolutionné la fibre optique permettant d’avoir l’internet de haut-débit, le guadeloupéen Raoul Nicolo a révolutionné la télévision, etc… On ne parle même pas de tous les Noirs qui ont fait la grandeur de la NASA. Toutes ces technologies ont eu le concours des Africains et auraient donc pu apparaître en Afrique, avec ou sans la colonisation. Elles ne sont pas « les choses des Blancs » comme nous aimons dire.

On ne peut que se demander ce que serait l’Afrique aujourd’hui si elle n’avait pas rencontré les Européens de l’esclavage et de la colonisation. Elle serait probablement très loin.

En résumé, si ce sont les Africains qui ont civilisé le monde et civilisé deux fois l’Europe, si l’Europe n’a aucune place de civilisatrice, si l’Europe a détruit l’Afrique pendant la traite et a mis fin à son histoire glorieuse, si elle lui a fait perdre 73 millions de personnes pendant la colonisation pour son seul enrichissement, si la colonisation était la continuité de l’esclavage avec pillage, ségrégation et abrutissement culturel, si toutes ces technologies nouvelles qu’on croit exclusivement européennes auraient pu apparaître en Afrique, de quels rôles positifs les nations colonialistes et leurs peuples parlent-ils ?

C’est simple, la colonisation c’était la mort, l’esclavage, la misère, l’abrutissement à l’échelle d’un continent. La colonisation n’est autre chose qu’un crime, un crime contre l’humanité, un des crimes majeurs et de portée continentale commis sur les Africains avec la traite européenne et la traite arabe. Il n’y a rien eu de bon dans la colonisation. Et toute personne qui parle positivement de la colonisation, est en train de faire une apologie de crime contre l’humanité, de nous insulter et d’insulter nos ancêtres. Si la colonisation était un partage de culture comme le dit Mr Fillon, alors Hitler aussi était allé partager sa culture.

Aujourd’hui le problème des Africains, au fond, est qu’ils ne profitent pas « des bienfaits de la colonisation ». Notre problème est que nous voulons vivre riches et occidentalisés et non pauvres et occidentalisés. Nous ne nous battons pas pour être africains, nous nous battons surtout pour vivre comme des Blancs en Afrique, avec leurs langues, leurs cultures, leurs religions, leur philosophie matérialiste et individualiste, les noms d’esclaves et de colonisés qu’ils nous ont donnés. Même dans la lutte contre le néocolonialisme économique et politique, le caractère positif de la colonisation est entériné, par ignorance du passé.

Ce ne sont donc pas seulement les systèmes économique et politique néocoloniaux qu’il faut remettre en question. Les langues coloniales, la culture coloniale, les religions coloniales, l’historiographie coloniale, la philosophie coloniale, les noms coloniaux doivent partir en même temps que l’économie et le système politique néocoloniaux. L’Afrique doit se battre pour redevenir l’Afrique. Ce retour à l’Afrique dans tous les domaines de la pensée est ce qu’on appelle l’Afrocentricité. C’est une démarche afrocentrique qui libèrera réellement l’Afrique.

Nous remercions nos ancêtres qui ont lutté contre l’invasion coloniale et qui se sont battus pour que nous ne connaissions pas l’esclavage, pour que nous ayons la liberté partielle que nous avons aujourd’hui.

Nous terminons avec Aimé Césaire qui a toujours su trouver les mots pour l’histoire :

Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, lamuflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l’homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde- chiourme, en chicote et l’homme indigène en instrument de production.

À mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.

J’entends la tempête. On me parle de progrès, de « réalisations », de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées.

On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.

Discours sur le colonialisme, pages 23 et 24.

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama

Voir en ligne : AIHA (African history - Histoire africaine)

Notes

[14Afrique noire, sol, démographie et histoire, Louise Marie Diop-Maes, page 241

[21Afrique noire, sol, démographie et histoire, Louise Marie Diop-Maes, page 251

[2340 ans d’histoire de Madagascar, Louis Molet, page 92.

[24Afrique noire, sol, démographie et histoire, Louise Marie Diop-Maes, page 253.

[27Afrique noire, sol, démographie et histoire, Louise Marie Diop-Maes, page 251

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017