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Sexisme, une semaine ordinaire…

La Belle alliance populaire (vous savez cet ovni politique avec un logo qui rappelle la banque qui elle aussi se dit populaire avec les couleurs arc-en-ciel LGBTI) a validé les noms des participants à sa primaire. Et sur 7 candidat•e•s, le « e » est bien chichement représenté, une seule candidate, Sylvia Pinel. En pour en rajouter, une couche, Le Monde dans sa présentation, écrit Sylvia Pinel, la candidate de Baylet. On en déduit qu’elle n’a pas d’existence propre, tandis que les 6 autres comparses ont droit, eux, à des qualificatifs beaucoup plus laudateurs, comme « inclassable », « rassembleur », « écologique compatible », « philosophe et romancier », « le chantre du Made in France ». Les membres PS pourront toujours se consoler, la droite n’a pas fait mieux avec Nathalie Kosciusko-Morizet il y a quelques semaines de ça…


Puis il y le reportage de France 2 sur Sevran et comment les femmes ne sont pas bienvenues dans certains bars. Ce reportage a donné lieu à l’islamophobie la plus primaire. Les mêmes réac qui n’ont jamais rien fait pour les droits des femmes en France s’offusquent car à Sevran, ce sont des « musulmans présumés ». Tout en oblitérant le fait qu’il y a plein d’endroits où les femmes ne sentent pas bienvenues, comme le soir dans la plupart des villes.

Mais ce reportage a donné lieu à un débat sur i-Télé où Rokhaya Diallo, très en minorité, car qui peut mieux parler des oppressions que subissent les femmes que des vieux machos blancs réac.? Les mêmes qui n’ont pas de mots assez durs pour ceux qui n’accueillent pas les femmes dans les bars, ne la laissent pas finir une phrase sans l’interrompre, tentent de la déstabiliser. C’est pathétique et pénible à regarder.

 
Vous voulez une leçon de sexisme pour Noël mais vous n’osez pas demander ? Pas de panique, i-Télé vous l’offre sur un plateau. Invitée sur la future C-News le mercredi 14 décembre, pour donner son avis sur « la ségrégation sexuelle dans certains quartiers », Rokhaya Diallo n’a pas du été déçue du voyage. Dans un extrait de 8 minutes extrêmement pénible à regarder, la journaliste et militante féministe fait face aux remarques consternantes de sexisme d’Alain Jacubowicz, Pascal Praud, Jean-Claude Dassier et Lydia Guirous, présents sur le plateau et censés débattre avec elle.

Avant même que le débat commence, Pascal Praud, le présentateur se fend de ce que l’on peut désormais appeler une « Arnaud Montebourg ». Une figure de style fascinante, visiblement popularisée par l’ancien ministre, qui consiste à ne saluer ou à ne s’adresser qu’aux hommes sur le plateau en éludant totalement les femmes qui s’y trouvent.

« Ça commence bien pour un débat sur l’égalité femme-homme », s’amuse Rokhaya Diallo devant un présentateur hilare.C« ’est intéressant une majorité d’hommes ceci dit pour parler de la ségrégation femme-homme », poursuit-elle.

« Au nom de quoi les femmes seraient les seules à pouvoir parler de cela (…) votre remarque est parfaitement symptomatique », s’emporte très rapidement Alain Jacubowicz, probablement blessé et très en colère qu’on lui demande de considérer un avis divergeant du sien. Puis symptomatique de quoi ? Eh bien du « problème de l’ethnicisation de la société ». Si, vous savez, le fait que « les femmes sont seules à pouvoir parler du féminisme, les noirs des noirs, les juifs des juifs, les musulmans des musulmans ». L’idée complètement insensée et dangereuse de laisser aussi la parole aux gens concernés. « L’un des maux de notre société », conclut-il très sobrement.« C’était une remarque pour plaisanter et apparemment ça a été pris au premier degré », tente Rokhaya Diallo pour détendre l’atmosphère.

« S’il vous plait, laissez-moi parler ! »

À peine le temps de dire une phrase que la prise de parole de la militante féministe est avortée par le présentateur, très pressé de lui dire que l’on entend pas beaucoup les féministes sur ce sujet et qu’elles s’expriment plus à propos du concours Miss France. Non, ce n’est pas un sketch, il n’a pas l’air d’imaginer que si on ne leur coupait pas la parole on pourrait peut-être les entendre. Elle poursuit :

« Je trouve ces pratiques absolument révoltantes et je suis heureuse de voir qu’enfin, on s’intéresse de manière nationale à une question qui concerne la ségrégation spatiale et la ségrégation sexuelle (…) Je voudrais apporter un petit peu de perspective à ce débat parce que je pense que les pratiques ségrégationnistes et sexistes ne sont pas circonscrites aux quartiers populaires. On vit quand même dans un monde ou le président de la plus grande démocratie s’est vanté d’avoir sexuellement agressé une femme »

Encore coupée par le présentateur selon qui Donald Trump n’est pas le sujet, Rokhaya Diallo fait preuve d’une grande ténacité, tentant de démontrer que « le combat pour le féminisme est un combat global ». Idée que semblent réfuter toutes les personnes présentes sur le plateau.

Elle finit par pouvoir exposer son point de vue quant au reportage de France 2 : « Je vous mets au défi de regarder tous les bars PMU de manière générale qu’ils soient à Sevran ou dans des villages. Il y a très peu de femmes qui s’attablent dans des bars au milieu des turfistes ».

« Est-ce que vous avez vu le reportage de France2 ? Les jeunes femmes sont agressées (…) vous ne pouvez pas comparer ça aux bars PMU ou les jeunes femmes ne sont pas agressées », rétorque le présentateur.

« Dire qu’il y a des gens qui ont le sexisme dans les fibres, pour moi c’est l’essentialisme le plus total, je trouve que c’est problématique », explique Rokhaya Diallo. Un peu acculée, elle finit par avouer qu’il « est compliqué de défendre une position quand on est la seule à la défendre dans un débat ou il y a 5 ou 6 personnes ». Une remarque apparemment très drôle : « Il y a beaucoup d’hommes », « et blanc », « j’ai défendu l’IVG vous n’étiez pas née », « vous êtes à côté de la plaque »… les moqueries et petites phrases vont bon train.

Les Inrocks


Et cette semaine il y a une nouvelle exposition aux Archives nationales,

Comme nous le rappelle Le Monde : Sorcières, empoisonneuses, mères infanticides, traîtresses à la patrie… Chaque époque a eu sa figure diabolisée de la femme.

Ci-dessous, le début de l’article de Pascale Robert-Diard :

Troublante concordance des temps. Le 30 novembre s’est ouverte aux Archives nationales l’exposition « Présumées coupables », consacrée aux grands procès faits aux femmes. Au même moment, l’actualité résonnait des cris de haine lancés à l’encontre d’une mère jugée avec son compagnon devant la cour d’assises du Puy-de-Dôme pour avoir frappé à mort Fiona, sa fillette de 5 ans.

A Riom, où se tenait le procès, une file chaque jour plus longue accueillait de ses vociférations l’arrivée et le départ en fourgon de cette mère qui cristallisait les passions mauvaises. On se pressait pour l’apercevoir, pour assister à un morceau d’audience comme on devait, un siècle plus tôt, s’agglutiner sur la place où le condamné était mis à mort.

La femme, « nimbée de la paix qu’elle se doit de maintenir voire d’établir dans la société (…), est d’autant plus coupable qu’elle se doit de ne pas l’être
Claude Gauvard, auteure du livre « Présumées coupables »


 
Les réseaux sociaux qui, pendant deux semaines, avaient amplifié le tumulte et contribué à rendre plus pesante encore cette atmosphère de lynchage, se sont déchaînés à l’annonce du verdict. Ce dernier rendait le seul compagnon de la mère coupable des coups mortels et acquittait la mère de ce crime, alors qu’une peine de trente années de réclusion criminelle avait été requise contre les deux accusés.

Tout cela donne une acuité singulière au voyage à travers six siècles d’affaires judiciaires féminines que propose l’exposition parisienne « Présumées coupables ». Si les femmes ne représentent qu’une part marginale de la population pénale – de 4 à 5 % –, les crimes qui leur sont reprochés fascinent et dérangent.


Et bien sûr il y a l’élection de l’année en France, Miss Guyane est devenue Miss France !

Tellement ringard, mais ça en dit long qu’il y ait encore un concours qui jugent des femmes sur des critères physiques.

Ce qui nous ramène à notre affaire de départ, Sevran, c’est facile pour nos élites de toujours stigmatiser les « quartiers », mais quelles images donnent-elles quand les hommes exercent leur domination sur les médias et la politique ?

François

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017