Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Logo du site

Accueil > Formation > Ateliers anticapitalistes > Agriculture et écosocialisme

Agriculture et écosocialisme

Jeudi 19 janvier 2012 à Auch

Après un état des lieux sur l’état de la planète et de l’agriculture en particulier, nous essaierons de comprendre comment nous en sommes arrivés là. Nous verrons ensuite quelles solutions l’écosocialisme peut nous apporter.

1. État des lieux de l’agriculture mondiale et locale

1.1. Efficacité de l’agriculture productiviste

Le capitalisme et le libéralisme économique se targuent volontiers d’être les systèmes les plus efficaces (c’est à dire qui font ce qu’ils sont supposés faire) et même efficients (ils le font avec un coût réduit). En ce qui concerne l’agriculture, ce qu’on attend d’elle, c’est de nourrir les populations tout en laissant un environnement permettant aux générations futures de faire de même. Est-ce que l’agriculture productiviste le fait de manière efficace et efficiente ?

Aujourd’hui, alors qu’il n’y a jamais eu autant de richesses produites, du moins à l’aune du PIB, il y a toujours un milliard d’êtres humains qui ne mangent pas à leur faim dans le monde. Pourtant ce n’est pas la nourriture qui manque, on estime que 40 % de la production mondiale est jetée. On produit donc largement de quoi nourrir non seulement les 7 milliards d’aujourd’hui mais aussi les 9 milliards que l’on nous prédit. Où vont donc ces 40 %. Deux causes principales : dans les pays riches, c’est le gaspillage effréné des sociétés capitalistes de consommation. Gaspillage individuel et systémique (les fruits et légumes qui sont jetés car il ne font pas le bon calibre, produits jetés à cause de la date de péremption, etc.). Dans les pays pauvres, il manque souvent les infrastructures pour stocker et transporter les produits agricoles. Des millions de paysans ont été forcés de quitter leurs terres pour aller s’entasser dans les bidonvilles des grandes métropoles.

Pour les autres six milliards, il ne faut pas leur souhaiter bon appétit mais plutôt bonne chance, entre surconsommation et maladies dues à l’alimentation qui croissent de manière exponentielle : maladies physiques bien sûr comme les maladies métaboliques (telles que le cholestérol et le diabète), les maladies cardiovasculaires, les cancers, les maladies respiratoires, les maladies des articulations (comme l’arthrose), les ulcères, etc. Et il ne faut pas oublier les maladies psychiques comme l’anorexie ou son pendant la boulimie.

1.2. Effets de l’agriculture moderne sur les populations ?

Le nombre d’agriculteurs est en baisse constante, ils disparaissent par millions dans le nord et par centaines de millions dans le sud : rien qu’en France, nous avons perdu un million d’actifs en 20 ans et au XXè siècle le nombre d’agriculteurs a été divisé par 10 (et encore nombreux sont les pluri-actifs, sans parler des conjoints dont très peu travaillent maintenant sur l’exploitation familiale…).

Les exploitations sont de plus en plus grandes, le nombre d’exploitations est passé de 1 million en 1988 à un demi-million en 2007. Le nombre de salariés agricoles a diminué en valeur absolue mais a augmenté en valeur relative. Ce sont des signes d’une industrialisation croissante. Dans le Gers, le nombre d’exploitations est passé de 25.000 en 1960 à 15.665 en 1979, à 14.416 en 1988, puis une chute brutale à 10.964 en 2000 et finalement 7.768 en 2008. Cette diminution du nombre d’exploitations s’est accompagnée du vieillissement des exploitants restants, non remplacés par des jeunes, le prix du foncier étant prohibitif.

1.3. Les travailleurs, agriculteurs, éleveurs ou ouvriers agricoles

Le seuil de renouvellement, c’est-à-dire l’investissement nécessaire pour maintenir une exploitation est de plus en plus élevé, ce qui explique la baisse du nombre d’exploitants. Ceux-ci bien plus exploités qu’exploitants. L’exploitation est économique, mais aussi physiologique : les conditions de travail sont en contradiction avec la préservation de sa force de travail (utilisation de poisons, travail intensif, longues journées de travail, absence de vacances). Les paysans français ont moins de cancers que le reste de la population (comme tous les gens qui vivent à la campagne), mais ils ont plus de certains types de cancers qui sont directement liés à l’utilisation de pesticides. Le lien a maintenant été établi entre maladies neuro-dégénératives comme la maladie de Parkinson, cancers de la peau, troubles de la reproduction et l’utilisation de biocides.

Les taux et gravité des accidents du travail sont aussi beaucoup plus élevés : 137 dans les abattoirs contre 76 dans le BTP (secteur traditionnellement le plus accidentogène).

Il y a 60 % de suicides de plus chez les agriculteurs que dans la population générale, 3 fois plus chez les agriculteurs que chez les cadres. Ces suicides, même si les causes peuvent être multiples, sont le plus souvent liés à la mort économique de l’exploitation. Le métier d’agriculteur est un métier de plus en plus solitaire dans des campagnes de moins en moins peuplées. En 2010 plus de 1200 agriculteurs étaient allocataires du RSA, ce qui représente 1/5 des exploitants.

Les élevages intensifs et hors-sol sont basés sur une intensification croissante, que ce soit pour les animaux ou pour les hommes : il en résulte une souffrance physique et psychique des animaux et des hommes (la réification des animaux, la négation de leurs souffrance ne laisse pas les travailleurs indemnes).

1.4. L’environnement

Ou plutôt les problèmes environnementaux. À l’image du reste de la société, l’agriculture dite moderne participe à la dégradation de l’environnement :

  • destruction des forêts primaires
  • perte de la biodiversité
  • pollution de l’eau
  • érosion des sols (particulièrement au Sud parce que les sols y sont particulièrement fragiles, mais aussi au Nord de manière plus insidieuse avec une perte dramatique de matière organique dans les terres arables, par exemple l’Ukraine, depuis que le bocage a été détruit, a perdu en un siècle les deux tiers de son sol en épaisseur alors qu’elles étaient les terres les plus riches au monde), et in fine l’érosion se traduit par une perte sèche de terres cultivables
  • destruction du patrimoine génétique construit par nos ancêtres
  • réchauffement climatique (du fait de l’utilisation de pétrole, de la dégradation des sols, de la destruction des forêts ou des savanes, comme le Cerrado au Brésil), etc.

Cette agriculture n’est pas durable, elle est « shootée » au pétrole, il faut, par exemple, 400 litres de pétrole pour produire 1000 litres de lait. Il faut 2,5 tonnes équivalent pétrole pour produire une tonne d’engrais azoté (une tonne d’après la boite de com. de l’industrie de l’azote dans les usines les plus récentes et les plus performantes).

2. Comment en est-on arrivé là ?

2.1. L’exode rural

N’oublions pas que l’exode rural a été organisé de longue date par le capitalisme pour fournir de la main-d’œuvre bon marché aux usines. L’Angleterre, précurseur en matière de capitalisme, a été la première à vider les campagnes en affamant ses habitants par la suppression des communs. Cette privatisation des terres communes est une constante de tous les systèmes productivistes : il n’y a plus de terres communes dans les pays dits développés (à part quelques prairies pauvres et quelques alpages), elle était exigée aux pays en voie de développement par le FMI. La collectivisation a eu des effets tout aussi pervers sur l’agriculture paysanne. Et ce sont bien les paysans chinois qui sont les esclaves des temps modernes.

2.2. Les politiques agricoles

Que ce soit la politique agricole étatsunienne ou la PAC européenne, les effets délétères ont été les mêmes.

Depuis la deuxième guerre mondiale, les politiques agricoles ont été justifiées par l’idée qu’il fallait nourrir la planète. Les pays du Nord ont mis en place successivement des séries de mesures qui ont favorisé l’émergence d’une agriculture hyper-productiviste dans un environnement économique relativement sécurisé au Nord tout en détruisant l’agriculture vivrière au Sud. Parmi ces mesures : protectionnisme avec des droits de douane, quotas pour limiter la surproduction, stockage pour gérer les excédents, aides et primes diverses pour garantir un certain niveau de revenu, aides pour encourager la mécanisation et l’utilisation d’intrants, aides au remembrement, etc.

Dans le même temps, tout a été fait pour détruire l’agriculture au Sud. Les producteurs du Nord sont devenus 500 fois plus productifs par unité de travail. Dans les années 90, les accords sur la libéralisation des échanges (GATT, puis OMC) ont intégré les produits agricoles dans les négociations dans un rapport de force totalement inégal entre producteurs du Nord et du Sud. Le FMI a prêté aux pays du Sud avec des conditions léonines. Ces pays ont été asservis par une dette illégitime. Les pays du Sud se sont spécialisés dans les productions exotiques d’exportation (banane, arachide, café, chocolat, ananas, etc.) enrichissant ainsi les grandes firmes agroalimentaires occidentales et les potentats locaux, les cultures vivrières ont régressé, des millions des paysans sont venus s’entasser dans des bidonvilles.

En Europe, libéralisation des échanges, utilisation de main-d’œuvre d’Afrique du Nord, puis de l’Europe de l’Est. À partir de 2003, les aides publiques (primes) ont été sanctuarisées : c’est une reconnaissance historique des pratiques productivistes.

À partir des années 90, le grave problème de la pollution de l’eau, en particulier par les nitrates, les phosphates mais aussi les pesticides a été reconnu, mais la gestion en a été laissé aux producteurs, eux-mêmes sous influence des industriels, des coopératives et des syndicats productivistes.

Le développement du capitalisme vert n’a été qu’un vaste plan de communication mais en aucun cas un changement de paradigme.

L’agriculture a été soumise à l’industrialisation de l’amont (engrais, machines agricoles, produits de traitement, semences, sélection) et de l’aval (pseudo-coopératives, grande distribution, exportation).

2.3. Les révolutions vertes

2.3.1. La première révolution verte

Elle a prétendument sauvé des millions d’hommes et de femmes de la famine. Pourtant comme nous l’avons vu un milliard ne mangent toujours pas à leur faim.

En quoi a-t-elle consisté ? Principalement à une intensification de l’agriculture via la mécanisation, l’utilisation d’intrants d’origine chimique et de biocides (autrement appelés produits phytosanitaires), l’irrigation et une sélection variétale basés sur la productivité à court terme mais ignorant les besoins des sols à long terme (céréales plus productives et de taille plus petite).

Conjuguées, ces actions ont mené à une désertification des campagnes, à la pollution et à la dégradation des sols. Elle a été une cause d’asservissement des paysans : l’endettement des agriculteurs français a augmenté de 50 % en 20 ans. Avant, dans les années 60, il fallait 3 vaches pour acheter un tracteur, maintenant il en faut plus de 40.

2.3.2. La deuxième révolution verte est toujours en cours

Elle vise à aliéner le patrimoine construit par les paysans pendant des millénaires, je veux parler du brevetage du vivant. La boite de Pandore a été ouverte aux USA quand un brevet sur des haricots jaunes mexicains a été accepté, interdisant de la sorte aux paysans mexicains de vendre aux USA des haricots qu’ils produisaient depuis des temps immémoriaux sauf à payer des redevances.

Normalement les brevets ne peuvent pas s’appliquer au vivant, et de nombreux pays s’y opposent, en particulier l’Inde et le Brésil. Mais un arrêt de la Cour Suprême des Etats-Unis sur une bactérie dévoreuse d’hydrocarbures a permis cette dérive : « tout ce qui est sous le soleil et qui a été touché par l’homme peut être breveté ». Depuis des brevets ont été déposés sur tout y compris sur des gènes humains.

Monsanto a compris que s’ils arrivaient à breveter les semences ils contrôleraient toute la chaîne alimentaire, et par là même l’humanité. D’où le double intérêt des OGM qui permettent de breveter les semences et de vendre en plus du Round-Up (ne pas oublier qu’au départ Monsanto n’est pas une entreprise semencière mais chimique connue en particulier pour l’agent orange). Monsanto a racheté des dizaines de firmes semencières de sorte que maintenant aux USA on ne trouve plus de soja non OGM.

En France, la récente loi sur les semences de ferme interdit aux agriculteurs de re-semer leurs propres semences sans payer une taxe ou de se les vendre entre eux.

Sous prétexte de normes, le catalogue des semences autorisées à la commercialisation prive consommateurs et paysans de la plus grande partie des semences sélectionnées depuis des siècles.

2.4. Petite conclusion avant de passer aux solutions

Le système actuel n’est pas soutenable. Il a montré son incapacité à nourrir la population mondiale. Les causes des famines ne sont pas naturelles mais bien politiques : ce sont des conséquences directes du capitalisme. Accaparement des terres, ventes ou locations de terres à des sociétés ou des pays étrangers, concurrence déloyale, etc. Rien qu’en Afrique l’équivalent de la surface de terres arables de la France (soit 15 à 20 millions d’hectares) a été loué à des étrangers. À Madagascar, les coréens ont obtenu d’exploiter la moitié des terres arables du pays soit 1,3 million d’hectares.

Le capitalisme ne peut pas être écologique. Les pollutions de toutes sortes (qui ne sont évidemment pas toutes dues à l’agriculture, loin de là) ne font que s’aggraver et on voit bien que par sa nature même le capitalisme est incapable de s’auto-réguler. De par sa dépendance au pétrole, l’agriculture productiviste n’est pas soutenable. Le capitalisme n’est pas efficace puisqu’il y a toujours des enfants qui meurent de faim, et il n’est pas efficient : le coût de l’alimentation a peut-être baissé mais à quel coût social et environnemental ?

3. Le futur, les solutions

3.1. Y a-t-il une alternative ?

Comme l’état des lieux nous l’a, je l’espère, montré il nous faut changer de système pendant qu’il en est encore temps.

Est-ce seulement possible ? Peut-on nourrir l’humanité sans utiliser de produits chimiques, sans OGM, en réduisant la mécanisation ?

Heureusement, la réponse est oui, mais plus nous attendons, plus ce sera difficile. Le réchauffement climatique ne va pas nous aider. S’il est vrai que certaines terres aujourd’hui non cultivables parce que trop froides deviendront fertiles, les effets néfastes l’emporteront, et de loin : sècheresses dans de nombreuses régions, pertes de terres dues la montée des eaux, latérisation et salinisation des sols…

Tous les ans l’érosion nous fait perdre des quantités considérables de terres arables. Il suffit de regarder la couleur du Gers après un orage pour voir que notre département n’est pas épargné. On estime qu’en France les sols ont perdu entre 2/3 et 3/4 de leur matière organique. Or les sols ont mis des centaines d’années à se former.

Les solutions viennent du diagnostique. Ce sont bien des décisions politiques qui créent les catastrophes écologiques. C’est une décision du roi d’Espagne en 1273 qui a provoqué l’aridité de la Mancha, en octroyant un privilège exorbitant aux anciens militaires leur permettant de faire paître leurs troupeaux à volonté. Ceux-ci ont détruit la végétation ce qui a conduit à la désertification que l’on connait. Aujourd’hui c’est bien le capitalisme qui est la cause de la catastrophe écologique, du réchauffement climatique et des famines.

Je parlerai plus loin de quelques solutions techniques mais je ne crois pas que l’on puisse les mettre en œuvre de manière efficace dans le système actuel. Comme nous le voyons avec la crise actuelle, le capitalisme a besoin de toujours plus, toujours plus de production, toujours plus de croissance. C’est donc bien d’un changement profond de société dont nous avons besoin.

J’en viens donc à l’alternative qu’est :

3.2. L’écosocialisme

Qu’est-ce que l’écosocialisme ? C’est d’une part la prise de conscience que la sauvegarde des équilibres écologiques de la planète, la préservation d’un environnement favorable aux espèces vivantes, y compris la nôtre, sont incompatibles avec la logique expansive et destructrice du capitalisme. L’écosocialisme se distingue donc foncièrement de l’écologie des partis écologiques occidentaux qui refusent de voir l’incompatibilité entre refus du productivisme et capitalisme. L’écosocialisme ne se limite donc pas à une critique du consumérisme, même si clairement nous pensons qu’il faut changer de mode de consommation, mais il s’attaque fondamentalement au mode de production. Celui-ci doit être décidé collectivement et démocratiquement en fonction des besoins sociaux réels, en subordonnant la valeur d’échange à la valeur d’usage, et en tenant compte de la préservation de l’environnement. Le capitalisme détruit des biens essentiels et gratuits (comme l’eau et l’air) et ensuite nous fait payer pour les rendre à nouveau consommables. Certains biens et services doivent être considérés comme essentiels (comme une alimentation saine et un logement décent). Cela implique une extension radicale du secteur public, de la gratuité, une réduction du temps de travail, la suppression des productions nuisibles ou inutiles, une transition énergétique, technologique, etc.

L’écosocialisme, c’est une certaine éthique que l’on peut résumer en quelques points :

éthique sociale, basée sur la prise en compte des besoins sociaux (dont le besoin vital de vivre dans un environnement non dégradé)
éthique égalitaire, les richesses doivent être redistribuées au niveau planétaire et les ressources doivent être mises en commun
éthique démocratique, les décisions ne doivent pas rester aux mains des oligarches, capitalistes, financiers et autres technocrates
éthique radicale, au sens étymologique du terne, c’est-à-dire qui va à la racine du mal. Il faut changer de paradigme, les demi-mesures, les grandes messes internationales, les marchés de droits à polluer (et tous les autres instruments inventés par les capitalistes) ne marchent pas
éthique responsable, finalement, on ne peut pas laisser aux générations futures un environnement non seulement dégradé mais peut-être même invivable

3.3. L’agriculture

Il faut revenir à l’essentiel

3.3.1. Le rôle social de l’agriculture

Le rôle primordial et historique de l’agriculture c’est de nourrir les populations locales.

Il faut fournir localement à la population de l’alimentation de qualité et cela sans dégrader l’environnement, et si possible, au contraire, en l’agradant. Il faut rétablir l’indépendance alimentaire de tous les pays et dans mesure du possible au niveau local. Il faut arrêter et inverser la spécialisation des régions tant au niveau national (tous les porcs en Bretagne) que mondial (le soja en Amérique du Sud, le maïs aux États-Unis, les céréales à paille en Europe). Évidemment il faut arrêter la spéculation et limiter le commerce international des produits agricoles au strict minimum. C’est une nécessité sociale mais aussi agronomique pour éviter que les terres ne s’épuisent de manière irrémédiable. Jusqu’à la révolution industrielle, la plus grosse partie de la population vivait à la campagne, et donc vivait où l’alimentation était produite. Il n’y avait pratiquement que des déchets organiques et ceux-ci retournaient d’où ils venaient. On avait donc un cycle relativement fermé. Maintenant nous avons des flux à sens unique, de la terre vers les villes. Il en découle un appauvrissement progressif des terres agricoles.

L’agriculture ne doit plus être aux mains de l’industrie et de la finance. Il faut donc trouver un système de décision démocratique qui permette au peuple de décider des productions agricoles tout en laissant aux paysans liberté et autonomie. Les aides agricoles doivent être redéployées dans ce sens. Les circuits courts et bio doivent être aidés. Les systèmes productivistes et polluants interdits. Il faut encourager les petites structures, les petites coopératives, l’autogestion. Il ne s’agit donc évidemment pas d’une collectivisation à la soviétique.

3.3.2. Le brevetage et la réification du vivant doivent être arrêtés.

Nul n’a le droit de s’approprier ce que la nature produit ou ce que nos ancêtres ont développé. Il ne viendrait l’idée à personne de breveter la roue, alors comment se fait-il que certains puissent s’accaparer des variétés de céréales ou de tomates qui ont été sélectionnés depuis des siècles ?

3.3.3. La recherche doit être réorientée et doit être faite de concert avec les paysans

La recherche publique doit être réorientée dans ce sens. Par exemple et de manière non exhaustive, il faut faire faire des études pédologiques. C’est dans le sol que l’on trouve le plus d’êtres vivants, et pourtant le sol est quasiment inconnu. Il faut étudier les plantes dans leurs milieux naturels afin de comprendre les interactions et symbioses qui ont lieu dans la nature. La vie d’une plante ne peut pas se résumer à une équation chimique. Il faut remettre dans le domaine public toutes les variétés de plantes, permettre aux paysans d’essayer de nouvelles semences, de les échanger, de les sélectionner. Il faut supprimer les lois censées nous protéger et qui en réalité nous aliènent.

Cette agriculture n’est pas l’agriculture de nos grands-parents. Il ne s’agit pas de revenir en arrière, même si nous avons beaucoup à apprendre de ce que faisaient les anciens. Il s’agit au contraire d’une agriculture très moderne dans le sens où elle s’appuiera sur les connaissances scientifiques pour travailler avec la nature et non plus contre elle.

3.3.4. Il faudra revoir nos modes de consommation

La consommation de viande a explosé depuis la 2è guerre mondiale, c’est mauvais pour l’environnement et mauvais pour la santé. Une étude récente a montré que la période pendant laquelle les Anglais étaient en meilleure santé, c’était la dernière guerre ! Depuis leur santé n’a fait que se détériorer du fait d’une alimentation de mauvaise qualité. Ceci n’est pas incompatible avec une durée de vie plus longue (antibiotiques, etc.) même s’il semblerait que la tendance est en train de s’inverser, en particulier aux États-Unis.

Les élevages doivent prendre en compte le bien-être animal.

Il faudra revenir à une alimentation plus naturelle et moins industrielle, ce qui veut dire aussi plus de temps pour la préparer et donc une réduction du temps de travail.

3.3.5. Va-t-on arriver à nourrir tout le monde ?
3.3.5.1. Productivité et productivité

Il y a plusieurs sortes de productivité et dans le cas de l’agriculture on peut opposer la productivité par unité de travail et celle par unité de surface. La grande productivité de l’agriculture productiviste est en fait la productivité par unité de travail. Il est clair qu’un homme et son tracteur de 200 chevaux travaillant un champ de plusieurs centaines d’hectare va produire plus qu’un paysan sans matériel. Par contre certaines techniques ne nécessitant aucun gros matériel et peu d’énergie peuvent produire tout autant et même plus à l’hectare. Un des exemples les plus connus est l’agriculture traditionnelle d’Amérique centrale où sont cultivés ensemble maïs, courge et haricot et qui est extrêmement productive en terme de calories produites à l’hectare. Est-ce vraiment un progrès d’avoir perdu 5 millions de paysans depuis la guerre et gagner 5 millions de chômeurs.

3.3.5.2. Quelques pistes techniques

Un exemple : les plantes ont du mal à utiliser le phosphore qui est dans les sols. L’agriculture productiviste en rajoute pourtant jusqu’à saturation. La connaissance des symbioses entre plantes et champignons montre pourtant que ce sont les champignons qui rendent le phosphore disponible pour les plantes. Les biocides, et en particulier les fongicides, ne peuvent donc qu’aggraver le problème. De même avec l’azote, une meilleure compréhension du cycle de l’azote et en particulier la prise en compte de la vie du sol et du rôle de la matière organique (carbonée) devrait permettre de résoudre les problèmes d’apport en azote et supprimer les pollutions nitratées. Quant aux nuisibles de toute sorte, il semble bien que seule une plus grande diversité et des sols vivants en bonne santé peuvent aider à les contrôler. En ce sens les haies jouent un rôle primordial en fournissant un abri à de nombreuses espèces telles qu’oiseaux, hérissons, insectes. Les écosystèmes sont construits autour des plantes et en particulier des arbres ; les éliminer ne peut que mener à la catastrophe.

Les résultats très intéressants que l’on obtient en agro-foresterie démontrent que l’arrachage des haies qui formaient le bocage traditionnel a été une catastrophe à tout point de vue. Les arbres font partie intégrante d’un écosystème agricole. Les voir comme une concurrence aux plantes cultivées est juste une démonstration de notre ignorance du fonctionnement des sols. Non seulement les arbres servent d’abri à toutes sortes d’êtres vivants : oiseaux, petits mammifères, insectes, champignons mais ils sont une part essentielle des écosystèmes avancés. Leurs racines profondes leur permettent de remonter près de la surface des éléments qui ne seraient pas autrement disponibles. Leurs racines, dont la moitié est renouvelée tous les ans, nourrissent les êtres vivants qui vivent dans le sol et créent des galeries qui permettent de stocker l’eau. Les arbres sont évidemment des brise-vent, ils empêchent l’érosion.

4. Conclusion

Le capitalisme essaie de nous faire croire que les problèmes sont uniquement techniques, scientifiques, que ce soit pour l’agriculture, le nucléaire ou la santé. Pourtant il n’en est rien, ces questions sont intimement liées à des choix de société qui ne peuvent être pris en faisant l’économie d’une analyse politique.

Marc a cité un auteur de science-fiction dans son introduction, je vais en faire de même pour conclure :

« Vint enfin un temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devient objet d’échange, de trafic, et pouvait s’aliéner. C’est le temps où les choses mêmes qui jusqu’alors étaient communiquées mais jamais échangées, données mais jamais vendues, acquises mais jamais achetées - vertu, amour, opinion, science, conscience, etc. - où tout enfin passe dans le commerce. C’est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, le temps où toute chose, morale ou physique, est portée au marché pour être appréciée à sa juste valeur. »

Cette citation a été écrite en 1847 par un certain Karl Marx.

Bibliographie non exhaustive :

Marxisme et écosocialisme

  • Bensaïd, Daniel & Charb - Marx, mode d’emploi
  • Illich, Ivan - La convivialité
  • Löwy, Michael - Écosocialisme : l’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste
  • Marx, Karl - Misère de la philosophie
  • Rahnema, Majid & Robert, Jean - La puissance des pauvres

Écologie et décroissance

  • Ariès, Paul - Décroissance et gratuité : moins de biens, plus de liens
  • Cheynet, Vincent - Le choc de la décroissance
  • Gadrey, Jean - Adieu la croissance : bien vivre dans un monde solidaire
  • Latouche, Serge - Sortir de la société de consommation
  • Pelt, Jean-Marie - Nouveau tour du monde d’un écologiste

Écologie : le sol, les plantes

  • Asselineau, Éléa & Domenech, Gilles - De l’arbre au sol : les bois raméaux fragmentés
  • Bourguignon, Claude & Lydia - Le sol, la terre et les champs : pour retrouver une agriculture saine
  • Hallé, Francis - Aux origines des plantes : des plantes anciennes à la botanique du XXIè siècle

Cuisine : pour ceux qui ne savent pas cuisiner sans viande

  • Graimes, Nicola - L’encyclopédie de la cuisine végétarienne

Anticipation

  • Barjavel, René - Ravage

Répondre à cet article

SPIP 3.2.0 [23778] | Squelette BeeSpip v.

Mis à jour le lundi 11 décembre 2017