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Pierre Mauroy : entre éloges et amnésie

Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 200 (20/06/13)

À l’annonce de sa disparition, les couronnes tressées à Pierre Mauroy par l’ensemble de la classe politique institutionnelle ne sauraient être de pure circonstance. Feints ou sincères, ces éloges unanimes viennent nous rappeler qu’avant tout, Pierre Mauroy fut un fidèle serviteur de la 5e République et du capitalisme.

Ainsi, Jean-Louis Borloo réagissant sur France Info, et visiblement ému, évoque un homme de valeur qui incarnait « le vrai socialisme ouvrier », rappelant qu’« il n’avait pas hésité à prendre la décision de fermer les mines de charbon et l’usine sidérurgique d’Usinor Denain », admirant même « son courage pour avoir été en personne l’annoncer aux ouvriers »…Pour Jean-François Copé, il était un « socialiste sincère qui avait su gagner l’estime de chacun au-delà de son camp ». Steeve Briois, secrétaire du Front national, ose même se permettre de « saluer son engagement réel et sincère pour la défense des travailleurs français ».

Assez logiquement, au Parti socialiste, d’Harlem Désir à Gérard Filoche (comme au Parti de gauche d’ailleurs), on ne cherche à retenir que les mesures prises par le gouvernement Mauroy entre 1981 et 1983 : les 39 heures de travail hebdomadaire, l’augmentation du Smic, l’abaissement de l’âge de départ à la retraite à 60 ans, les lois Auroux, l’abolition de la peine de mort et la nationalisation de neuf groupes industriels de la sidérurgie et d’une partie du secteur bancaire… indemnisés à prix d’or.
Du côté du Parti communiste, on invite les quatre anciens ministres du parti à également chanter les louanges de « la plus belle période depuis le Front Populaire ». Le bureau confédéral de la CGT ose à peine se souvenir que c’est Pierre Mauroy en personne, qui à la tribune du congrès de Lille vint annoncer « le tournant de la rigueur et la modération salariale » hué par une partie des délégués.

Les premiers renoncements

Ce tableau dithyrambique tiré par les responsables politiques et syndicaux de cette époque occulte les renoncements à en appeler à la mobilisation ouvrière et populaire pour imposer durablement les mesures sociales prononcées au lendemain de la victoire électorale de l’Union de la gauche. Dans un contexte international marqué par les politiques ultralibérales de Reagan et de Thatcher, le gouvernement de Pierre Mauroy, et de Jacques Delors son ministre des Finances européiste convaincu, a choisi la pire des ­politique, celle du renoncement.

Les « trois glorieuses » allaient se solder par un abandon pur et simple des promesses faites aux salariés, dont la première mesure fut la décision du blocage des salaires. Les gouvernements successifs dirigés par les socialistes ne feront que détricoter l’ensemble des conquêtes sociales obtenues après 1981, à l’exception de l’abolition de la peine de mort.

Enfin, nous ne saurions terminer cet hommage iconoclaste sans évoquer l’injure faite par Pierre Mauroy en janvier 1984 aux salariés de Talbot-Aulnay (aujourd’hui PSA) en grève contre les licenciements et les plans de restructuration, qualifiant ce mouvement de « grève des ayatollahs ». Tenue par un Premier ministre « socialiste », cette expression illustre à elle seule le fossé qui existe entre les internationalistes dont nous faisons partie, attachés à l’égalité des droits, et combattant le poison mortel que sont le développement des idées racistes et nationalistes, et les gestionnaires de cette 5e République, qu’ils soient classés à droite ou à gauche.

Alain Pojolat

P.-S.

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017