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Vers le fascisme par Michael Warschawski

Vers le fascisme

Au cours des 45 dernières années j’ai participé à de très nombreuses manifestations, de petits rassemblements faits de quelques irréductibles à des manifestations de masses ou nous étions plus de 100 000 ; des manifestations calmes, voire festives et des manifestations où nous avions été attaqués par des groupes de droite voire par des passants. J’ai pris des coups, j’en ai rendus, et il m’est arrivé, surtout quand j’avais des responsabilités, d’être nerveux. Mais je ne me souviens pas avoir eu peur.

Mobilisé – en fait détenu en prison militaire pour avoir refusé de rejoindre mon unité qui devait aller au Liban – je n’ai pas participé, en 1983, à la manifestation où a été assassiné Émile Grunzweig, par contre j’ai été responsable du service d’ordre de la manifestation qui un mois plus tard, traverse Jérusalem pour commémorer cet assassinat. Nous y avons connu l’hostilité et la brutalité des passants, mais là non plus je n’ai pas eu peur, conscient que cette hostilité d’une partie des passants ne dépasserait pas une certaine ligne rouge, qui pourtant avait été transgressée un mois plus tôt.

Cette fois j’ai eu peur

Il y a quelques jours nous étions quelques centaines a manifester au centre ville de Jérusalem contre l’agression à Gaza, à l’appel des « Combattants pour la Paix ». À une trentaine de mètres de là, et séparés par un impressionnant cordon de policiers, quelques dizaines de fascistes qui éructent leur haine ainsi que des slogans racistes. Nous sommes plusieurs centaines et eux que quelques dizaines et pourtant ils me font peur : lors de la dispersion, pourtant protégée par la police, je rentre chez moi en rasant les murs pour ne pas être identifié comme un de ces gauchistes qu’ils abhorrent.

De retour à la maison, j’essaie d’identifier cette peur qui nous travaille, car je suis loin d’être seul à la ressentir. Je réalise en fait qu’Israël 2014 n’est plus seulement un État colonial qui occupe et réprime les Palestiniens, mais aussi un État fasciste, avec un ennemi intérieur contre lequel il y a de la haine.

La violence coloniale est passée à un degré supérieur, comme l’a montré l’assassinat de Muhammad Abou Khdeir, brulé vif (sic) par 3 colons ; à cette barbarie s’ajoute la haine envers ces Israéliens qui précisément refusent la haine envers l’autre. Si pendant des générations, le sentiment d’un « nous » israéliens transcendait les débats politiques et – à part quelques rares exceptions, comme les assassinats d’Émile Grunzweig puis de Yitshak Rabin – empêchaient que les divergences dégénèrent en violence meurtrière, nous sommes entrés dans une période nouvelle, un nouvel Israël.

Cela ne s’est pas fait en un jour, et de même que l’assassinat du Premier Ministre en 1995 a été précédé d’une campagne de haine et de délégitimation menées en particulier par Benjamin Netanyahou, la violence actuelle est le résultat d’une fascisation du discours politique et des actes qu’il engendre : on ne compte plus le nombre de rassemblements de pacifistes et anti-colonialistes israéliens attaqués par des nervis de droite.

Les militants ont de plus en plus peur et hésitent à s’exprimer ou à manifester, et qu’est-ce que le fascisme si ce n’est semer la terreur pour désarmer ceux qu’il considère comme illégitimes ? Sur un arrière-fond de racisme lâché et assumé, d’une nouvelle législation discriminatoire envers la minorité palestinienne d’Israël, et d’un discours politique belliciste formaté par l’idéologie du choc des civilisations, l’État hébreu est en train de sombrer dans le fascisme.

Michael Warschawski

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017