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Éducation nationale : plus mauvais employeur dans le Gers et en France ?

Ayant fait carrière dans un pays où le concept de “rentrée” n’existe pas, l’Angleterre, je suis toujours étonné de voir comment ça se passe en France avec des classes sans profs et des profs sans classes, jusqu’à la veille de cette fameuse “rentrée”, phénomène inconnu par exemple en Angleterre et phénomène qui serait inacceptable de la part d’un employeur du privé en France. Alors l’Éducation nationale serait-elle le plus mauvais employeur de « France » ? J’ai posé la question à plusieurs enseignants du Gers. Voici une première explication.

MD

Une professeure d’un lycée du Gers témoigne…

Des élèves sans prof

Des profs sans élèves, je crois que ça n’existe pratiquement plus ! Il arrive ponctuellement qu’un TZR (titulaire sur zone de remplacement) n’ait pas de remplacement à faire, mais dans ce cas de figure, il est tout de même rattaché à un établissement dans lequel il peut par exemple être réquisitionné pour faire des heures de soutien ou autres.

Des élèves sans prof, ça, ça arrive de plus en plus souvent, et c’est justement lié à l’application d’une politique d’entreprise dans l’éducation nationale, dans une logique de baisse des coûts. En effet, on a cassé les brigades de remplacement du premier degré, à tel point qu’il est désormais pratiquement impossible de trouver un remplaçant dans le Gers. L’inspection académique en est réduite à supprimer les décharges de direction dans les écoles qui ne comportent que 3 classes, pour récupérer les remplaçants.

Dans un quartier, c’est une des deux maternelles et l’école primaire (CP/ CP-CE1) qui se retrouvent sans décharge de direction, alors que les écoles sont classées en Réseau réussite scolaire, et que ces décharges permettaient notamment de rencontrer les familles et d’organiser les projets.

Dans le second degré, il n’y a pratiquement plus de remplaçants.

En mathématiques, notamment, c’est la catastrophe au niveau académique. Les proviseurs se transforment en agences d’intérim, et font parfois venir de très loin des contractuels qu’on paie mal et avec parfois 3 mois de retard. Quand je suis tombée enceinte de ma fille, j’ai par exemple prévenu, en juin, que je partirai en congé maternité pour les vacances de la Toussaint. Il ne s’agissait donc pas d’une absence imprévisible. Au bout du compte, le rectorat avait quand même passé une annonce dans Pôle emploi…

Il faut ajouter à cela que désormais, on ne remplace plus les absences de moins de 3 semaines.

Nos élèves se retrouvent donc entre le marteau et l’enclume : en effet, la sécu tape sur les doigts des médecins qui signent des arrêts maladie de plus de 3 semaines, et le rectorat ne cherche de remplaçant qu’au-delà de cette durée. Si un collègue est arrêté de 3 semaines en 3 semaines, les élèves n’ont donc personne en face. Quand ces absences sont liées à des situations de dépression ou de burn-out (de plus en plus fréquentes dans l’Éducation nationale), imagine la culpabilité du professeur, qui sait que ses élèves n’auront pas cours…

Un ministre avait eu il y a quelques années la brillantes idée de proposer que les remplacements de courte durée soient assurés en interne, par les autres professeurs.

C’était encore un grand penseur qui n’avait aucune connaissance des contraintes d’emplois du temps, de programmes, de préparation de cours et se souciait essentiellement que nous puissions faire de la garderie et se féliciter d’avoir un prof devant chaque élève (on ne peut pas bricoler au pied levé en faisant un appel d’offre : qui prend l’heure du lundi matin 8 h ? et celle de mardi 10 h ? Ah ils vont avoir 10 h de math dans la semaine, mais c’est pas grave…)

Les choses s’aggravent encore car je pense qu’au rectorat aussi on a dégraissé les postes. Les affectations des remplaçants deviennent donc d’autant plus chaotiques… Dans un collège du Gers, il manquait à la rentrée 7 enseignants (cela représente presque 1/3 des profs !). Il manquait notamment un professeur de Français et Latin. Une collègue de lettres classiques, TZR, résidant à L’Isle-Jourdain, avait été affectée… en Ariège.

Le plus absurde c’est qu’une bonne partie de cette situation vient, dans le second degré, de la gestion à flux tendu des ouvertures ou fermetures de classe. Tout est désormais informatisé, et on nous demande de plus en plus tôt de faire remplir aux élèves leur demande d’orientation pour l’année suivante. D’un autre côté, le rectorat calcule les heures et les postes en fonction d’une projection d’effectifs à l’élève près en janvier, qui ne tient déjà pas compte des décharges (syndicales et de formation) et des temps partiels, et qui prévoit 10 % d’heures supplémentaires. Au bout du compte, nous avons souvent désormais un nombre de classes différents à la rentrée, avec une structure et un nombre d’enseignants qui ne sont plus adaptés.

Un dernier aspect du problème, c’est que les 60 000 postes promis par François Hollande, qui permettaient juste de retrouver un peu d’air en tenant compte de l’évolution démographique, ne sont pas pourvus. En effet, il y a de moins en moins de candidats aux concours, et beaucoup de démissions à l’issue de l’année de stage. Le recrutement à Master 1 ou Master 2 a de fait asséché le vivier, et cette année, je crois que c’est 5 000 postes qui étaient proposés au concours qui n’ont pas été pourvus faute de candidats ! Je suis issue d’un milieu modeste. J’ai financé mes études grâce à la bourse de mérite qui avait été mise en place à l’époque et qui était versée jusqu’à la licence (et qui a été supprimée cet été). Lorsque j’ai eu ma licence, j’ai immédiatement passé le CAPES, ce qui m’a permis d’être stagiaire rémunérée l’année suivante.

Dans le cas de figure actuel, je ne serai peut-être jamais devenue enseignante, puisqu’il m’aurait fallu financer deux années d’études universitaires supplémentaires. Non seulement on assèche le vivier de candidats, mais en plus ils sont de moins en moins issus des classes populaires.

On pourrait aussi parler du fait que les postes des jeunes retraités ne passent au mouvement que l’année suivante, ce qui permet aussi d’économiser une année de titulaire, mais qui conduit souvent à des bureaux vides à la rentrée (j’ai par exemple un collègue qui partira au 1er octobre 2015. Il n’y aura donc personne de nommé sur son poste pendant un an).

CF
Professeure en lycée

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Mis à jour le lundi 11 décembre 2017